L’activité économique mondiale a diminué, s’est rajustée, mais ne s’est toujours pas revitalisée

Toronto (Ontario), 18 décembre 2002 – En raison des signes de ralentissement en Amérique du Nord et en Europe, les prévisions de croissance pour le premier semestre 2003 ont été rajustées pour prolonger de quelques mois la période de convalescence, selon Perspectives mondiales, le rapport phare d’Etudes
économiques Scotia. Toutefois, à moins que la confiance ne soit brisée par de
nouvelles tragédies terroristes ou géopolitiques, les conditions préalables à

une revitalisation graduelle de l’activité économique mondiale sont réunies.

« Les taux d’intérêt oscillent autour de leur niveau le plus bas depuis
près d’une génération. Et ils devraient s’y maintenir puisque l’inflation est
minime et ne semble pas prête à s’emballer », explique Warren Jestin,
économiste en chef à la Banque Scotia. « Le processus de remise en état des
bilans et de retour des bénéfices suit son cours. Les stocks de plusieurs
secteurs font l’objet d’un contrôle serré. Les marchés boursiers du monde
entier ont déjà subi la plus grande partie des effets découlant des excès de
surévaluation. Même si la croissance des pays du G7 peut vaciller pour un
temps, le processus de revitalisation devrait se faire sentir de nouveau d’ici
l’été. »

Dans le cas du Canada et des Etats-Unis, qui continuent de dominer les
pays du G7 au chapitre du rendement, il ne s’agira pas d’un retour au mode
accéléré. Les secteurs qui portaient la croissance il y a quelques années,
soit le secteur de la haute technologie et les investissements des
entreprises, constituent toujours en grande partie des poids morts et le
demeureront pour une bonne partie de l’exercice 2003. Les marchés financiers
subissent toujours les contrecoups prolongés de la bulle de la fin des années
1990. Selon M. Jestin, « les investisseurs ont rajusté leurs attentes afin de
tenir compte de la perspective d’une croissance ralentie, de taux d’intérêt
réduits et de profits plus maigres. »

Pour les entreprises, l’absence de dynamisme durable au chapitre des
revenus et l’incapacité d’assumer des hausses des coûts des facteurs de

production ont provoqué des tentatives répétées de réduction des coûts afin de
stimuler la rentabilité. Pour les investisseurs, la longue période où ils ont
essuyé d’importantes pertes cumulatives sur les marchés boursiers, entrecoupée
de spasmes périodiques sur le marché, ont renforcé la préférence pour des
placements sûrs, sur le marché des liquidités. Et pour les consommateurs, qui
sont de plus en plus endettés et qui, depuis deux ans sont la principale
locomotive de l’économie, d’importants rabais et des taux d’intérêt réduits
sont nécessaires pour maintenir leurs dépenses de consommation.

« Même les gouvernements se voient contraints de rajuster leurs
politiques, le ralentissement de la croissance des revenus ayant miné leurs
efforts visant à atteindre ou à maintenir le déficit zéro », explique M.
Jestin. « Washington a opté pour une stratégie payez plus tard, revenant ainsi
à d’énormes déficits fiscaux qui, alliés à des manques à gagner chroniques sur
les marchés commerciaux, présentent de graves risques pour la santé financière
à long terme du pays. L’Allemagne a adopté la stratégie payez maintenant, en
augmentant les impôts afin de juguler la croissance rapide du déficit fiscal
même au risque d’entraîner directement dans une récession son économie qui
s’était stabilisée. Plusieurs autres pays d’Europe sont appelés à prendre des
décisions politiques semblables et tout aussi difficiles, et le Japon subit
déjà d’énormes pressions sur le plan fiscal. »

Le Canada s’est classé au premier rang des pays du G7 pour ce qui est de
la croissance au cours des quatre dernières années. Il est le seul membre du
G7 à afficher des excédents fiscaux et commerciaux. Par contre, le solde de
l’Etat est rongé par un ralentissement de la croissance, des dégrèvements
fiscaux pluriannuels antérieurs et une recrudescence des dépenses.

« Pour Ottawa, en particulier, la marge de manoeuvre fiscale nécessaire
pour donner suite à la multitude de recommandations ambitieuses au sujet des
soins de santé, de l’éducation, de l’infrastructure, de la défense et du
protocole de Kyoto est très limitée », ajoute M. Jestin. « Si ces projets se
concrétisent, il y aurait peu de place pour les dégrèvements fiscaux et la
réduction de la dette qui s’imposent pour améliorer la capacité
concurrentielle à long terme du Canada. »

Dans un avenir rapproché, le Canada devrait conserver la tête du peloton
du G7 en fait de croissance en 2003, mais sera talonné de près par les Etats-
Unis, tendance qui s’accentuera en cours d’année, au fur et à mesure que notre
machine remarquable de création d’emplois s’essoufflera et que notre appétit
pour les articles de prix unitaire élevé s’amoindrira. La politique fiscale
constitue l’un des facteurs clés de ce virage, dont les effets s’estomperont
ici au moment où Washington se dirige clairement vers le déficit. Tandis que
nos exportateurs continuent à profiter d’une devise fort concurrentielle, il
semble que le bénéfice tiré d’une devise en dépréciation apparemment
perpétuelle, tire à sa fin.

« La politique monétaire est moins proactive ici, ce qui s’explique, dans
une large mesure, par la meilleure tenue de notre économie », explique M.
Jestin. « Compte tenu des pratiques commerciales qui privilégient le
resserrement des coûts et de la prudence des consommateurs qui empêchent une
flambée de l’inflation, la Réserve fédérale ne relâchera pas la pédale
d’accélération avant qu’une amélioration notable de la conjoncture économique
se manifeste aux Etats-Unis et dans le reste du globe. Dans le meilleur des
cas, l’intention de la Banque du Canada de mettre un terme aux mesures
incitatives exceptionnelles offertes après les attentats du 11 septembre ne se
concrétisera pas avant que les Etats-Unis choisissent pareille orientation. »

Le dollar canadien ne dévie pas beaucoup de la trajectoire du dollar
américain en dépit d’une croissance et de facteurs fiscaux et commerciaux
fondamentaux supérieurs. La situation devrait rester stable. Le huard pourrait
toutefois se remplumer si le dollar américain tombe plus bas. Le dollar
canadien est une devise secondaire dont le sort est étroitement lié à
l’évolution de la situation aux Etats-Unis, et une nouvelle baisse du dollar
américain profiterait beaucoup moins au dollar canadien qu’à d’autres devises
étrangères de substitution. « Dans l’ensemble, 2003 devrait être une bonne
année, sans plus, pour le Canada et les Etats-Unis. La reprise et la
revitalisation sont toutefois loin d’être achevées », juge M. Jestin.

Au Canada, l’exploitation des ressources continue à alimenter l’expansion
de la région de l’Atlantique, ce qui entraîne des retombées diverses. En
Ontario et au Québec, la forte hausse des ventes et de la construction
résidentielles cette année a soutenu la reprise économique et encouragé les
secteurs connexes. Dans l’Ouest canadien, les perspectives au sujet des
ressources naturelles sont mitigées. Des prix du pétrole et du gaz naturel
fermes feront augmenter les activités de forage conventionnel cet hiver, mais
la croissance des investissements dans le secteur non conventionnel devrait
reculer l’année prochaine. La reprise de l’agriculture après la sécheresse qui
a sévi dernièrement sera lente malgré un filet de protection renforcé. Les
prix des pâtes et papiers se rétablissent et nourriront la vigueur du secteur
des produits forestiers, mais, à court terme, le secteur du bois d’oeuvre
continuera à être aux prises avec la concurrence internationale, la demande
japonaise faible et les tarifs américains sur le bois d’oeuvre.

Sur la scène internationale, le ralentissement aux Etats-Unis a étouffé
les flux commerciaux avec le Mexique, ce qui a donné lieu à des réductions des
dépenses intérieures et imposé un rythme plus modéré à l’activité économique.
Les perspectives de 2004 reposent sur le rythme de la remontée aux Etats-Unis,
quoique l’intégration de plus en plus marquée du Mexique à la prospérité nord-
américaine soutiendra ses excellentes perspectives à plus long terme.

L’économie japonaise tournera encore au ralenti : sa croissance moyenne
se situera sous la barre des 1 % par année, pour les deux prochaines années.
Parmi les économies asiatiques émergentes, la Chine demeurera à l’avant-plan
de la région pour ce qui est de la croissance. Des projets d’infrastructure de
grande envergure financés par le gouvernement alimenteront un gain annuel
moyen de 8 % du produit intérieur brut en dollars constants, en 2003 et en
2004.

« L’expansion à double volets du Royaume-Uni se poursuivra en 2003, grâce
aux dépenses des consommateurs et à la construction résidentielle qui auront
une bonne longueur d’avance sur la production. L’activité économique de la
zone euro devrait tranquillement amorcer une remontée en 2003, après avoir
connu une modeste croissance annuelle de moins de 1 % l’an dernier. Néanmoins,
la stagnation des deux économies les plus imposantes de cette zone, celles de
la France et de l’Allemagne, suggère que l’écart entre la prospérité de la
zone euro et celle des Etats-Unis persistera pour l’instant », conclut M.
Jestin.

Etudes économiques Scotia propose à sa clientèle une analyse approfondie
des facteurs qui façonnent l’avenir du Canada et de l’économie mondiale,
notamment l’évolution macro-économique, les tendances relatives aux marchés
des changes et des capitaux, aux produits de base et la performance de
l’industrie, ainsi que les questions liées aux politiques monétaires, fiscales
et gouvernementales.

Site(s) extérieur(s) cité(s) dans cet article :

Banque Scotia

http://www.scotiabank.ca./ScotiabankFr/index.html

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