L’apiculture en France

Paris (France), 9 septembre 2002 – Production de miel en baisse constante et taux de mortalité en hausse chez les abeilles: l’Agence française de sécurité sanitaire des aliments (Afssa) réunit professionnels et scientifiques pour dresser un état des lieux de l’apiculture en France.

Selon l’Union nationale de l’apiculture française, 300 000 à 400 000 ruches sont décimées chaque année et doivent être remplacées pour maintenir le cheptel (1,350 million de ruches). En dix ans, la mortalité hivernale des abeilles n’a cessé d’augmenter, passant de 10% à 60%.

De 32 000 tonnes de miel en 1995, la production est tombée à 25 000 tonnes en 2001, alors que la consommation est d’environ 40 000 tonnes. Pour le seul miel de tournesol, la production est passée entre 1995 et 1997 de 75kg à 30kg par ruche.

Au banc des accusés, le Gaucho, un insecticide fabriqué par l’allemand Bayer afin de protéger les végétaux contre divers ravageurs (pucerons, etc), et qui, selon apiculteurs et services vétérinaires, provoque une immunodéficience importante chez les abeilles. Appliqué par traitement des semences (enrobage du grain), le produit a un effet systémique, c’est-à-dire qu’il est véhiculé par la sève de la plante.

L’utilisation de l’insecticide a été suspendue pour le traitement du tournesol depuis janvier 1999, mais les colonies d’abeilles ont continué de s’affaiblir. Tout récemment, une étude menée par l’Institut national de la recherche agronomique (INRA) et le Centre national de la recherche scientifique (CNRS) a conclu que les abeilles étaient encore exposées à la molécule du Gaucho à travers les fleurs de maïs.

Une autre étude, menée par le Pr Jean-François Narbonne, expert en toxicologie, conclut également aux « effets biologiques néfastes » de l’insecticide sur les abeilles. Le rapport n’écarte pas en outre un risque pour les humains: l’imidaclopride, le principe actif du Gaucho, se retrouve en effet dans un grand nombre de produits de traitements des cultures et dans des produits de jardinage grand public. Il semble donc nécessaire d’évaluer l’exposition de l’Homme et de fixer un seuil à ne pas dépasser, selon le Pr Narbonne.

Le Gaucho n’est pas seul en cause et d’autres zones d’ombres subsistent. « On ne peut pas isoler une ruche de son environnement. L’apiculture est une branche de l’agriculture et n’échappe pas à des défis économiques comme celui de la productivité », juge Michel Aubert, directeur du laboratoire de l’Afssa à Sophia-Antipolis.

A l’heure actuelle, aucune étude n’a encore été réalisée sur les autres origines possibles de troubles des ruches, comme l’impact de maladies, les effets de l’introduction de nouvelles espèces d’abeilles ou de nouvelles variétés de semences et encore ceux des traitements vétérinaires des ruchers. Les professionnels ont notamment constaté que le varois, un parasite spécifique de l’abeille qui se loge dans les larves, était ces dernières années devenu de plus en plus résistant au traitement.

« Il s’agit en fait d’une accumulation de petits problèmes réels qui deviennent un vrai problème », considère M. Aubert, qui prône la mise en place « d’un réseau prospectif des troubles de l’abeille dont il faut encore trouver le financement ».

Pour l’Afssa, la journée d’information doit permettre à la fois de prendre en compte l’ampleur de l’affaiblissement des colonies, de le localiser et d’en cerner les causes afin de définir les besoins scientifiques pour remédier à la situation.

Source : AFP

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