Le Comité canadien sur la résistance aux antibiotiques fait le point sur cette grave menace à la santé publique

Ottawa (Ontario), 7 octobre 2002 – L’une des plus sérieuses menaces à la santé des Canadiens est au coeur des délibérations du Comité canadien sur la résistance aux antibiotiques (CCRA) réuni à Ottawa. Selon les 130 professionnels des secteurs de la santé et de l’agriculture qui ont participé à la Conférence nationale d’orientation, la résistance aux antibiotiques constitue un problème urgent. Les Canadiens pourraient bien être
à l’aube d’une époque où le nombre et l’efficacité des traitements

antibiotiques disponibles diminueront rapidement.

Les participants de la « Conférence nationale sur la résistance aux
antibiotiques » ont pris connaissance des réalisations faites à ce jour dans la
lutte à la résistance antimicrobienne au Canada, identifié et discuté des
points de consensus et de débat parmi les spécialistes des divers domaines
d’expertise et établi les priorités pour la prochaine phase de la mise en
oeuvre du Plan d’action national canadien. Ils ont également délibéré sur le
consensus de la communauté scientifique internationale face à la menace pour
la santé humaine de l’usage répandu des antibiotiques chez les animaux.

« Chaque canadien sera atteint d’au moins une maladie infectieuse au cours
de l’année qui vient, » signale le Dr John Conly, Président du CCRA, et
professeur de médecine et de microbiologie au Centre de la résistance

antimicrobienne de l’Université de Calgary. « Le Canada, rapporte-t-on, dépense
près de 659 millions de dollars par année pour les plus de 25 millions de
prescriptions d’agents oraux anti-infectieux. Les antibiotiques sont la
troisième catégorie de médicaments les plus utilisés dans notre système de
santé. Malheureusement, des études nous démontrent que 50 pour cent des
antibiotiques oraux prescrits ne sont pas nécessaires, » d’ajouter le Dr Conly.

Des coûts de santé supplémentaires de 1,8 milliards pour le Canada
« La situation au Canada demeure alarmante en dépit des efforts et des
progrès réalisés en cinq ans depuis la création du CCRA, » explique le Dr
François Boucher, pédiatre infectiologue au Centre hospitalier universitaire
de Québec, représentant de la Société canadienne de pédiatrie au CCRA et

professeur agrégé de pédiatrie à l’Université Laval. « Notre objectif était de
réduire de 25 pour cent l’utilisation des antibiotiques et à ce jour, nous
avons réussi à la réduire de près de 15 pour cent. »

Une étude récente commandée par le CCRA et portant sur le fardeau
financier associé au traitement des infections résistantes aux antibiotiques a
révélé que si la résistance aux médicaments anti-infectieux poursuit sa
croissance pour atteindre les niveaux observés aux Etats-Unis, les coûts de
nos soins de santé pourraient augmenter de 1,8 milliards de dollars en raison
des prescriptions de médicaments plus puissants et plus chers et des coûts du
plus grand nombre d’hospitalisations.

« Nous devons mettre en oeuvre un Plan d’action national qui nous donne
les outils pour mieux contrôler la résistance aux antibiotiques, » explique le
Dr John Conly.

Le plan national fait appel à des interventions en santé humaine et en
agriculture dans quatre secteurs clés : la surveillance, l’utilisation
optimale des antibiotiques, la prévention et le contrôle des infections ainsi
que la recherche de nouveaux agents thérapeutiques, des facteurs produisant la
résistance et de nouveaux moyens de limiter la résistance.

Utilisation des antibiotiques chez les animaux
Les membres réunis du CCRA ont également pris connaissance du rapport du
Comité consultatif d’experts sur l’utilisation d’antimicrobiens chez les
animaux et les conséquences pour la résistance et la santé humaine de Santé
Canada, publié en juin 2002.

L’étude démontre que bien que les scientifiques ne sont souvent pas en
mesure d’identifier l’origine précise de la résistance parmi les bactéries que
l’on retrouve chez les humains, l’utilisation d’antimicrobiens chez les
animaux pourraient constituer un facteur contributif significatif pour les
infections d’origine alimentaire.

« De plus en plus, le consensus international veut que l’utilisation des
antibiotiques chez les animaux ait un impact significatif sur la résistance
que l’on retrouve chez certaines infections chez les humains, » déclare le Dr
Scott McEwen, D.M.V., professeur à l’Ontario Veterinary College et président
du Comité consultatif. « Les consommateurs vont devoir modifier leur attitude,
à savoir qu’ils devraient soutenir les efforts des producteurs qui choisissent
de n’utiliser des antibiotiques que lorsque c’est absolument essentiel. Les
consommateurs auront possiblement à payer leurs aliments un peu plus cher mais
à long terme, c’est l’ensemble de la population qui bénéficiera d’une
utilisation prudente des antibiotiques chez les animaux. »

Selon le CCRA, la résistance parmi les bactéries chez les animaux peut
affecter la santé des humains directement et indirectement. Les effets directs
sont le résultat de la résistance dans des infections transmises des animaux
aux humains, habituellement par les aliments. Les animaux dont on mange la
chair sont une source importante de plusieurs infections microbiennes tel la
« Salmonella » et le « Campylobacter ». Des effets indirects se produisent lorsque
des gènes de résistance de bactéries d’origine animales sont transférés à des
microbes pathogènes humains.

Même la résistance dans des bactéries animales qui sont sans risque pour
les humains peut affecter la santé publique si ce transfert de gènes entraîne
une résistance dans d’autres pathogènes humains.

Le CCRA
Le CCRA est un comité aviseur qui prône, facilite et fait la promotion de
programmes visant à limiter la résistance aux antibiotiques. Le Comité a été
établi en 1997 à la recommandation unanime de la première Conférence du
consensus canadien sur la résistance aux antibiotiques qui avait été
commanditée conjointement par Santé Canada et la Société canadienne des
maladies infectieuses.

Site(s) extérieur(s) cité(s) dans cet article :

Comité canadien sur la résistance aux antibiotiques (CCRA)

http://www.ccar-ccra.org/

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