Le dossier agricole freine l’élargissement de l’Europe

Paris (France), 3 décembre 2002 – A quelques jours du sommet de Copenhague, qui doit donner le feu vert à l’élargissement de l’Europe, le dossier agricole n’en finit pas d’empoisonner les ultimes négociations avec les dix nouveaux Etats-membres. Le président polonais est ainsi venu réclamer mardi à Paris davantage d’aides agricoles, alors que Jacques Chirac campait toujours sur l’accord obtenu à Bruxelles.

Le dossier agricole a été longuement évoqué par le président Chirac et son homologue Aleksander Kwasniewski lors de leur déjeuner de travail à l’Elysée. « On a parlé d’une façon très sincère », a expliqué le président polonais dans la cour de l’Elysée.

De son côté, Jacques Chirac a déclaré que la France entendait « allier fermeté et ouverture » dans ce délicat dossier et, surtout, rester dans les limites de l’accord conclu -dans la douleur- entre les Quinze à Bruxelles en octobre dernier, selon sa porte-parole Catherine Colonna.

Grâce à un accord conclu in extremis entre Berlin et Paris, les Quinze avaient décidé que les aides directes agricoles seraient versées progressivement aux dix nouveaux Etats-membres entre 2006 et 2013, en commençant par un niveau correspondant à 25% du montant perçu par les membres actuels de l’UE en 2004. Seulement voilà: la plupart des dix, menés par la Pologne, réclament plus d’argent, et sans attendre.

Face à la menace de blocage, la présidence danoise a proposé le 25 novembre dernier d’autoriser les dix Etats à porter à 40% dès 2004 le niveau des aides versées à leurs agriculteurs.

Si Jacques Chirac se dit « prêt à un éventuel geste complémentaire de façon à conclure définitivement les négociations » d’adhésion, il a rappelé mardi à son interlocuteur « les efforts importants faits par la France pour faire accepter par ses partenaires la progressivité des aides directes agricoles », selon Mme Colonna.

Cet accord a été « difficile à obtenir » et les deux pays ont « fait de gros efforts pour trouver une solution et que les Quinze puissent faire une offre aux pays candidats », a-t-il souligné.

Le président français s’est donc montré prudent sur la nouvelle proposition faite par la présidence danoise. Cette offre « va au-delà de l’accord de Bruxelles » et « prévoit un certain nombre de mesures nouvelles », a noté le chef de l’Etat. « Ces propositions n’ont pas encore été discutées et validées par l’ensemble des Quinze. »

Ce dossier doit être évoqué lors du conseil affaires générales du 9 décembre et devrait également être au menu du dîner entre Jacques Chirac et Gerhard Schröder, qui doit se tenir mercredi soir près de Berlin.

« Le président Chirac m’a assuré du soutien de la France pour la Pologne et pour l’élargissement », s’est en tout cas réjoui Aleksander Kwasniewski, reconnaissant toutefois que « le diable est dans les détails ». « Lorsqu’on commence à s’entretenir des détails et de l’argent, c’est alors qu’apparaissent tous les problèmes… »

Selon lui, M. Chirac « veut bien sûr qu’au sein de l’Union européenne, il y ait des mécanismes de soutien en faveur de l’agriculture », mais il est aussi « parfaitement conscient que l’agriculture polonaise est une concurrence pour l’agriculture française ».

Le président polonais s’est néanmoins montré optimiste pour le sommet de Copenhague. « Je ne pense pas qu’il puisse y avoir un échec ». Certes, « ce sont des problèmes très difficiles », mais « la liste est courte ».

Aleksander Kwasniewski a par ailleurs profité de son passage à Paris pour souhaiter un bon anniversaire à Jacques Chirac, qui fêtait vendredi ses 70 ans. Il lui a offert une verrerie polonaise.

Source : AP

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