Le premier ministre français rassure les agriculteurs sans trop s’engager

Rennes (France), 10 septembre 2002 – Jean-Pierre Raffarin s’est voulu rassurant face aux agriculteurs, inquiets pour l’avenir de leurs revenus, mais est resté plutôt vague sur les mesures qu’il compte prendre.

Le Premier ministre, venu inaugurer le salon de l’élevage SPACE à Rennes, a tenu son premier discours de politique agricole devant une profession plutôt favorable à la nouvelle majorité mais très impatiente.

« Vous pouvez compter sur notre dynamique. Le Premier ministre n’est pas un adversaire de l’agriculture. Le président de la République, ce n’est un secret pour personne, a beaucoup de sympathie pour l’agriculture », a-t-il déclaré.

Auparavant, il avait pris le pouls du secteur agricole lors d’une visite des stands qui, entre box de normandes et vaches Holstein, s’est transformée en un interminable bain de foule.

Des jeunes des lycées agricoles criaient « vas-y J.P », provoquant le sourire du Premier ministre, salué pour ses origines rurales en Poitou-Charentes.

M. Raffarin a aussi reçu « cinq sur cinq » le message du président de la FNSEA Jean-Michel Lemétayer pour qui il faut cesser de « jouer au yo-yo avec le revenu des agriculteurs ».

Le patron du principal syndicat agricole a présenté les attentes d’une profession qui « n’a pas le moral », mais s’est montré beaucoup moins virulent que ce que son entourage avait laissé entrevoir à l’ouverture du salon.

« Le ministère de l’Agriculture a besoin d’une rallonge de quelques dizaines de millions d’euros par rapport aux prévisions qu’on peut connaître », a-t-il estimé.

M. Raffarin lui a répondu en soulignant que la France était dans une passe budgétaire délicate. Il a justifié la suspension des contrats territoriaux d’exploitation (CTE) décidée en août par le souci de « voir où on va financièrement ».

Ces contrats d’aides dits « verts », initiés par la gauche en 1999, visent à réorienter les agriculteurs vers des modes de production plus soucieux de l’environnement et de la qualité.

Le Premier ministre a fait une ouverture en annonçant qu’un dispositif « s’inspirant » des CTE – devenus populaires chez les paysans – mais moins « bureaucratique » serait maintenu.

Il n’a apporté aucune précision sur le calendrier et sur le contenu de ce nouveau contrat. Selon un responsable du monde agricole, M. Raffarin a laissé entendre que ce dispositif pourrait voir le jour en janvier 2004.

M. Raffarin a annoncé que son gouvernement préparait « un projet de loi sur le développement rural » qui donnera des « moyens renforcés » aux producteurs, notamment sur la prime à l’herbe.

Il a aussi lancé un appel du pied à la grande distribution, accusée par les agriculteurs de rogner leurs revenus tout en creusant ses marges, en l’invitant à participer à une table ronde producteurs-distributeurs réclamée par les syndicats agricoles.

« La grande distribution doit reconnaître que ceux qui sont derrière les produits ont le droit à la dignité de leur travail », a souligné M. Raffarin.

Le Premier ministre a réitéré le refus de la France de voir toute réforme de la PAC engagée avant 2006 : « Nous ne sommes pas d’accord pour que la PAC serve de variable d’ajustement à l’élargissement européen ».

Le président de la FNSEA s’est montré relativement satisfait : « Sans entrer dans les mesures concrètes, le Premier ministre a dit des choses importantes. Sur le plan des orientations, le message est bon et fort, mais on reste sur des orientations ».

Source : AFP

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