L’emmental suisse revendique son appelation d’origine contrôlée

Genève (Suisse), 27 septembre 2004 – Originaire de la vallée bernoise du même nom et caractérisé par une pâte dure à larges trous, il est le fromage le plus célèbre de Suisse. Mais, las d’être copié dans le monde entier, l’emmental entend se protéger en obtenant une appellation d’origine contrôlée (AOC), dont les autorités helvétiques acceptent le principe.

L’Office fédéral suisse de l’Agriculture (OFAG) a annoncé voilà deux semaines qu’il avait rejeté tous les recours contre le dépôt de cette AOC, verdict que les opposants peuvent toutefois contester d’ici le 13 octobre.

« Cette décision permettra de protéger la qualité, l’origine et la tradition de l’emmental suisse », promet Manfred Bötsch, directeur de l’OFAG. Selon lui, le consommateur de ce fromage se verra ainsi délivrer une garantie de qualité. L’AOC permettra non seulement de différencier le véritable emmental mais aussi d’encourager ceux qui le produisent. En Suisse, environ 7.000 emplois sont concernés par sa fabrication.

« L’enregistrement de l’emmental a fait l’objet de 64 contestations dans le pays et à l’étranger, dont 47 ont été retirées », précise l’OFAG. Les opposants avancent que l’emmental est un nom commun, son appellation n’ayant pas été déposée. Ils contestent également la délimitation de son aire géographique, ce fromage étant davantage produit à l’étranger qu’en Suisse.

Aussi étonnant que cela paraisse, la France est le premier producteur mondial d’emmental, avec une quantité sept fois supérieure à celle de la Suisse. L’Allemagne est un autre gros pourvoyeur depuis 1820 de ce fromage jaune pâle à trous, de même que le Danemark.

« Le gouvernement allemand et d’autres producteurs de fromage européens considèrent comme générique la dénomination emmental », conformément aux accords internationaux en vigueur, a fait valoir Jörg Rieke, directeur de l’Association laitière d’Allemagne.

La Suisse, pour laquelle ce fromage représente le premier produit d’exportation, ne partage pas cette vision et avance la jurisprudence de son Tribunal fédéral en la matière. En vertu de celle-ci, le nom devient générique quand le produit qu’il désigne n’est plus associé à l’endroit qui l’a fondé. Or plusieurs sondages montrent qu’au moins 45% des consommateurs suisses attribuent des caractéristiques particulières à ce fromage et associent directement sa provenance à la vallée de l’Emme, dans le canton de Berne.

La définition suisse de la région d’origine de l’emmental couvre cependant une large part du territoire helvétique. Il est vrai qu’environ 270 fromageries suisses en produisent chaque année 35 000 tonnes (contre 360 000 dans le reste de l’Union européenne), dont 27 000 sont destinées à l’exportation.

L’AOC, dont bénéficient déjà sept autres fromages suisses, constitue « un pas indispensable pour aboutir à une protection à l’échelon international », souligne Manfred Bötsch, ajoutant que des négociations sont en cours avec l’UE sur la reconnaissance réciproque des appellations.

Si celle de l’emmental est enregistrée, tout producteur de ce fromage devra remplir un cahier des charges exigeant l’utilisation de lait cru, transformé dans les 24 heures et faisant l’objet d’un processus de maturation d’au moins quatre mois, sans recours aux additifs ou à des ingrédients génétiquement modifiés. Le fromage ne pourra être fabriqué que dans les cantons d’Argovie, de Berne, Glaris, Lucerne, Schwyz, Soleure, Saint-Gall, Thurgovie, Zoug, Zurich et dans une partie du canton de Fribourg.

« Faire changer les choses ne va pas être simple puisque l’emmental était presque devenu générique, comme le camembert et le cheddar », observe Ernst Ottli, patron d’une petite laiterie du nord de la Suisse. « Mais si on ne fait rien, on ne pourra plus vendre notre fromage à sa vraie valeur et l’emmental suisse ne sera plus qu’un produit industriel comme un autre. »

Source : AP

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