Les 25 critiquent les évaluations scientifiques sur les OGM dans l’UE

Bruxelles (Belgique), 9 mars 2006 – Les ministres de l’Environnement des 25 ont vivement critiqué la politique européenne d’autorisation des OGM, qu’ils ont eux-même mise en place, en demandant plus de transparence dans les évaluations de risques faites par les scientifiques de l’UE.

Farouchement opposé aux organismes génétiquement modifiés, l’Autriche, qui assure la présidence de l’Union jusque fin juin, veut durcir la politique européenne sur les OGM, pourtant déjà la plus stricte du monde et contestée au sein de l’Organisation mondiale du commerce par les pays exportateurs d’OGM.

« Il ne s’agit pas d’un non catégorique aux OGM, mais certaines questions doivent être résolues pour rétablir la confiance dans les prises de décisions », s’est défendu le ministre autrichien, Josef Pröll, soulignant que ce « thème émeut fortement les populations européennes ».

Lors d’un premier débat public jeudi à Bruxelles, les ministres ont abordé les méthodes de travail de l’Autorité européenne de sécurité des aliments (EFSA), installée à Parme (Italie) et qui conseille la Commission européenne sur les questions de sécurité alimentaire.

De nombreux pays lui reprochent de délivrer des opinions systématiquement positives sur les OGM, sans tenir compte de certains avis négatifs des agences scientifiques nationales.

« L’AFSA ne répond qu’avec beaucoup de réticences aux objections des Etats membres », s’est ainsi plaint le ministre allemand, Sigmar Gabriel.

Autre reproche fait à l’agence, celui de ne travailler que sur des études de toxicité faites par les sociétés demandant d’une autorisation, des études qui restent en outre confidentielles.

« Il faut que tout soit clairement publié et que le citoyen puisse suivre de A à Z le processus décisionnel », a plaidé la ministre danoise, Connie Hedegaard.

Une polémique avait éclaté en 2004 lorsque des scientifiques avaient jugé que l’EFSA ne tenait pas assez compte d’une étude montrant des effets négatifs sur des rats nourris à un maïs de la firme américaine Monsanto.

L’association Greenpeace avait dû porter l’affaire en justice en Allemagne pour contraindre Monsanto à publier ces études.

Face à ces critiques, le commissaire à l’Environnement, Stavros Dimas, a répondu que l’EFSA, créée seulement en 2002, était « encore en train de trouver sa façon de travailler ».

La Commission est en train de faire procéder à un audit de l’agence et décidera d’améliorations pour que le « processus d’évaluation soit aussi complet et transparent que possible », a-t-il assuré.

Autre question soulevée jeudi par Vienne, la prise de décision au niveau politique sur les autorisation des OGM, qui fonctionne très mal.

Après l’avis rendu par l’EFSA, la Commission soumet en effet une proposition de mise sur le marché aux 25.

De fait, sur les dix cas d’OGM soumis aux ministres depuis la levée du moratoire européen en 2004, ceux-ci ne sont jamais parvenus à dégager la majorité qualifiée requise pour approuver ou rejeter une autorisation, laissant la Commission endosser la responsabilité du feu vert.

Vienne souhaiterait que les décisions puissent se prendre à la majorité simple, ce qui permettrait aux pays anti-OGM de bloquer plus facilement les autorisations.

Mais cette proposition a peu de chances de recueillir un consensus, étant donné que cette procédure fonctionne efficacement dans d’autres secteurs de l’Union.

« Si nous résolvions déjà les inquiétudes sur l’évaluation des risques, alors la question de la prise de décisions deviendrait moins polémique », a estimé le commissaire Dimas.

Avant de revenir sur ce débat au niveau ministériel en juin, l’Autriche va organiser en avril deux conférences d’experts, portant notamment sur la question très controversée de la coexistence des cultures traditionnelles et OGM dans l’Union.

Source : AFP

Site(s) extérieur(s) cité(s) dans cet article :

Greenpeace Canada
http://www.greenpeacecanada.org/

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