Les consommateurs méfiants vis-à-vis des OGM, malgré les avis scientifiques

Paris (France), 13 décembre 2002 – Les associations de consommateurs se montrent très circonspectes vis-à-vis des études favorables aux OGM des académies françaises de Médecine et des Sciences, dont ils dénoncent le manque de recul face aux risques potentiels des organismes génétiquement modifiés.

Un rapport de l’académie de Médecine concluait que les OGM ne présentaient « aucun » danger particulier et recommandait la levée du moratoire décidé en 1999 par sept pays de l’Union européenne, dont la France.

L’académie des Sciences s’est à son tour prononcée en faveur d’une « introduction raisonnée et prudente » des OGM dans l’agriculture.

« Pour la santé, en raison d’une urgence thérapeutique, les consommateurs sont prêts à prendre le risque OGM. Mais dans l’alimentation, il n’y a aucune urgence en Europe, contrairement à ce que semblent dire ces différentes études », résume Olivier Andrault de la Confédération consommation, logement, cadre de vie (CLCV).

Selon lui, « la tonalité de l’ensemble des recommandations est globalement très pro-OGM, ne fait pas référence aux réserves éthiques que pourraient avoir les consommateurs face aux manipulations sur le vivant et comportent des non-sens du point de vue nutritionnel et environnemental ».

M. Andrault réfute notamment l’argument sur les micro-nutriments (vitamines et minéraux) qui pourraient enrichir certaines productions génétiquement modifiées.

« Il n’y a pas de carence en Europe. Les OGM de ce type mis sur le marché seront destinés aux pays riches et non aux pays en développement comme cela a été le cas depuis leur introduction », dit-il en s’interrogeant sur l’intérêt de telles productions.

Quant au problème de la faim dans le monde, argument fort des partisans des OGM, M. Andrault rappelle que le directeur général de la FAO (organisation des Nations Unies pour l’alimentation et l’agriculture), Jacques Diouf, affirmait lui-même récemment : « nous n’avons pas besoin d’OGM ».

Christian Huard, de ConsoFrance, critique lui aussi « ces affirmations sans démonstration ». « Cela me fait penser à la maladie de la vache folle lorsque les scientifiques soutenaient qu’elle ne franchirait pas la barrière de l’espèce : il a fallu attendre des années pour voir le mal se développer ».

M. Huard met l’accent sur « le travail de fond » effectué par les multinationales semencières pour lesquelles les OGM représentent un phénoménal enjeu financier et qui cherchent « à remonter un courant public qui leur est très défavorable ».

Tout en reconnaissant l’intérêt de la recherche en matière de médicaments, il réaffirme l’opposition des consommateurs aux OGM dans l’alimentation en l’absence d’un « bilan exhaustif ».

Marie-José Nicoli, présidente de l’UFC-Que Choisir, constate également que « du point de vue de la santé publique, on ne dispose pas d’éléments très concrets ». « Les quantités ingurgitées sont infinitésimales », nuance-t-elle, jugeant toutefois que les OGM ne présentent « pas d’intérêt particulier pour le consommateur ».

En revanche, Mme Nicoli soulève le problème de la traçabilité et du risque pour les agriculteurs bio de voir leurs productions contaminées.

Olivier Andrault de la CLCV relève encore que dans « le groupe de lecture critique » du rapport de l’académie des Sciences se trouvaient des représentants du GNIS (Groupement national interprofessionnel des semences), de Limagrain (quatrième semencier mondial) et du SNIA (syndicat national des industriels de la nutrition animale).

Source : AFP

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