Les Éleveurs de volaille veulent plus d’offres d’abattage de poulets

Les Éleveurs de volaille veulent modifier leur convention de mise en marché

Pour un éleveur, penser euthanasier les poulets qu'il a pris soin pendant des semaines, c'est un non sens.

Les Éleveurs de volaille se sentent «impuissants» face à la grève chez Exceldor parce qu'ils n'ont d'autre choix que d'attendre que le conflit se règle entre Exceldor et ses employés syndiqués en grève. Entre-temps, ce sont 700 000 poulets qui ont dû être euthanasiés en date du 18 juin, selon les Éleveurs de volaille du Québec. Ils sont tellement insatisfaits de la situation qu'ils souhaitent davantage d'offres d'abattage dans l'avenir. Avec la reprise de la médiation jeudi, plusieurs espéraient un dénouement rapide mais les discussions ont été interrompues vendredi sans date pour la reprise des négociations. L'arbitrage pour régler le conflit de travail a été écarté pour le moment.

En entrevue, le président des Éleveurs de volaille du Québec, Pierre-Luc Leblanc explique que les éleveurs se sentent « impuissants », « frustrés » et « fâchés ». Selon lui, il n'y a pas assez de qualificatifs pour décrire les sentiments qui habitent les éleveurs. « Une chose aussi pour laquelle on se sent vraiment fâché, on est déçu de ne pas pouvoir remplir notre pleine mission qui est de nourrir les gens », dit-il.

Les producteurs qui le contactent ne le prennent pas. « Les producteurs prennent ça très mal, ajoute-t-il. Ils critiquent la convention de mise en marché. J’ai beaucoup de producteurs qui m’appellent. Vous savez, il y a des quotas d’abattage au Québec. Olymel et Exceldor les ont à 96%. Donc, les producteurs se sentent vraiment attachés à ces usines-là par notre convention de mise en marché. »

Le fait d’avoir plus de joueurs dans le secteur de l’abattage « permettrait probablement d’avoir une surcapacité d’abattage au Québec ». S’il y avait une plus grande capacité d’abattage, il pourrait y avoir un plan B ou un plan C.

Il ajoute qu’en appui à leurs confrères de Saint-Anselme, les syndiqués de l’abattoir d’Exceldor à Saint-Damase ont décidé de ne pas faire de temps supplémentaire pour aider à écouler les poulets.

Le seul autre abattoir québécois qui a pu aider à écouler des poulets a de la place pour 14 000 poulets par semaine, alors qu’un gros abattoir en abat jusqu’à 10 000 à l’heure. « Donc, on aurait besoin d’avoir d’autres usines, d’autre joueurs », dit Pierre-Luc Leblanc.

Le conflit fait parler de lui

La semaine dernière, le conflit a fait couler beaucoup d'encre. Alors que le syndicat des employés de l’usine de la Coopérative Exceldor à Saint-Anselme a refusé l’arbitrage proposée par le ministre du Travail, Jean Boulet, les yeux se sont tournés vers les deux journées de conciliation le jeudi 17 et le vendredi 18 juin. Au terme des deux jours d'échanges, la médiation a échoué. Le syndicat des employés a cependant mis fin au processus de médiation, sans qu'aucune autre date soit fixée pour réunir les deux parties.

"Le processus de conciliation n'a pas rencontré l'essentiel des demandes syndicales tant au niveau monétaire qu'au niveau des clauses non pécuniaires", a fait valoir le syndicat pour expliquer son départ de la table de négociation.

Si les deux parties avaient accepté l’arbitrage, le conflit se serait terminé immédiatement et il y aurait eu une décision d’arbitrage.

Depuis le début de la grève des employés membres du syndicat des Travailleurs unis de l’alimentation et du commerce, le dimanche 23 mai, plus d’un million de poulets ont dû être euthanasiés à la ferme selon les chiffres avancés par Exceldor.

Les négociations ont achoppé principalement au niveau salarial. D’un côté, les travailleurs demandent une augmentation de salaire de 40% sur 3 ans, alors que l’employeur propose 18% sur 6 ans, dont 8,5% à la signature.

Des voix se sont élevés durant la semaine pour régler ce conflit de travail qui a généré le gaspillage de plusieurs millions de repas. Même le premier ministre, François Legault s’en est mêlé dans une publication sur Facebook. « Il y a un mot pour ça. C’est du gaspillage. Et il faut que ça cesse », a-t-il écrit le 16 juin sur le réseau social.

Il a ajouté que les travailleurs ont le droit de grève et les employeurs ont le droit de lock-out. « Mais on ne devrait pas avoir le droit de gaspiller aussi bêtement des quantités énormes de nourriture. C’est indécent », a-t-il écrit.

En entrevue à l’émission Le 15-18 à Radio-Canada iciPremière, le ministre de l’Agriculture, des Pêcheries et de l’alimentation, André Lamontagne, a qualifié la situation de « disgrâce ». Selon lui, dans une société qui n’accepte pas le gaspillage alimentaire, il faudrait que nos actions soient en concordance avec nos valeurs.

à propos de l'auteur

Agronome et journaliste

Marie-Josée Parent

Marie-Josée Parent couvre les productions laitière, bovine, avicole et porcine au Bulletin des agriculteurs.

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