Les entreprises agricoles ne devraient pas trop souffrir de la pandémie

Les craintes étaient nombreuses au printemps sur les conséquences économiques de la pandémie, mais il semble, à la lumière des derniers chiffres, que l’économie se remet mieux que prévu. Bien que les embûches et les ajustements aient été majeurs, le secteur agricole devrait s’en sortir avec des revenus dans la moyenne des dernières années, estime Patrick Lemelin, vice-président, Agriculture-Agroalimentaire à la Banque Nationale. Plus précisément, M. Lemelin prévoit une performance financière des entreprises du secteur dans les grandes cultures se situant minimalement dans la moyenne des cinq dernières années, et peut-être même le haut de la fourchette. « La prévision tient en compte la conjoncture du prix des grains, les rendements anticipés tels que présentés avec des attentes de bons résultats dans le maïs et possiblement un record dans le soya et les stimuli résultants de la crise. »

M. Lemelin a présenté son compte-rendu de la situation ainsi que ses projections lors de la présentation des résultats de la Tournée des grandes cultures du Québec le 10 septembre. Selon lui, l’agriculture s’en tire relativement bien parce qu’elle fournit des biens de base essentiels. C’est d’ailleurs traditionnellement un secteur qui s’en tire bien en période de récession économique. « Bien que certaines productions aient été affectées davantage, l’agriculture se tire globalement bien d’affaires en cette période de tumulte avec des impacts limités au niveau de la demande et du prix, comparativement à plusieurs autres secteurs de l’économie en général.» Il admet qu’il y a eu un peu de brasse camarade au début: les inventaires se sont accumulés dans le secteur porcin, les érablières commerciales ont dû fermer au début de leur saison, la volaille a dû compenser avec une situation déjà de surplus et les histoires de lait jeté ont fait les manchettes. Malgré tout, l’impact de la pandémie dans le secteur est modéré en général. “On a moins de soucis qu’au début de la crise. »

L’économie en général au Canada reprend du poil de la bête, mais tourne toujours au ralenti. Le recul du PIB prévu pour 2020 est de 5,7 %, alors qu’une croissance de 3,9 % est anticipée pour 2021. « La reprise est très inégale, certains secteurs, comme les ventes au détail et les ventes immobilières, sont même revenus à un niveau supérieur à l’avant crise. Pour d’autres, comme l’aviation, l’hébergement et l’événementiel, cela demeure très difficile.»

Les mesures du gouvernement fédéral ont soutenu l’économie durant les six derniers mois. L’économiste calcule que 63 G$ ont été injectés dans diverses mesures. L’agriculture a pu compter également sur différents programmes. « La crise a apporté plusieurs éléments de stimuli au niveau de l’agriculture : baisse des taux d’intérêts, faiblesse du dollar canadien, baisse du coût de l’énergie et programme de fond d’urgence. »

L’avenir contient cependant une bonne dose d’incertitude. Contrairement aux replis économiques des dernières décennies, la récession n’est pas liée à une crise économique s’inscrivant dans un cycle, mais plutôt à une crise sanitaire. Ce qui semble certain c’est que plus cette crise durera, plus les impacts se feront sentir à long terme. « On se trouve en terrain inconnu. Même un vaccin ne sera pas la panacée puisque de nombreux secteurs sont déstructurés. Il semble toutefois que le scénario d’un autre confinement soit peu probable puisque les impacts économiques et sociaux sont trop importants par rapport aux bénéfices.

Une autre incertitude qui se profile tourne autour des élections américaines. Dans les prochaines semaines, les intentions de vote devraient se préciser, mais M. Lemelin s’attend à de la volatilité d’ici le 3 novembre, date des élections présidentielles aux États-Unis. “On devrait voir beaucoup de nervosité sur les marché et des mouvements de yoyo”, surtout au niveau du prix des grains. L’attitude du président Trump vis-à-vis la Chine sera à surveiller, mais quelque soit l’issue du vote, peu de changements drastiques devraient se produite au lendemain des élections. Les démocrates sont reconnus pour être encore plus protectionnistes du point de vue commercial que les républicains.

à propos de l'auteur

Journaliste

Céline Normandin

Céline Normandin est journaliste spécialisée en agriculture et économie. Elle collabore également au Bulletin des agriculteurs.

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