Les géants du snack se vendent plus sains face à l’obésité infantile

Washington (États-Unis), 24 septembre 2003 – Les petits Américains sont de plus en plus gros et les géants alimentaires, vilipendés pour leurs produits sucrés et gras et leur publicité omniprésente, affichent ostensiblement leur volonté de contribuer à une nourriture saine.

Le fabricant de chips Frito-Lay a lancé une campagne de publicité vantant l’absence d’acides gras trans (ceux fabriqués lors de la transformation industrielle) dans ses produits, « pour aider les consommateurs à faire des choix informés et plus sains ».

Cet été déjà Kraft Foods, le numéro un américain de l’alimentaire, avait promis de rendre ses produits –biscuits, saucisses et pizzas — moins caloriques et s’était dit prêt à réduire la taille des portions, tandis que McDonald’s lançait une nouvelle ligne de salades.

Ces efforts ne convainquent pas les détracteurs de la « junk-food » qui soulignent l’obésité galopante des enfants aux Etats-Unis. Quelque 15% des 6 à 19 ans étaient en surpoids en 2000, contre 5% en 1980, selon les centres de Centres de contrôle et de prévention des maladies (CDC) américains.

« En dix ans, les enfants ont augmenté leur ration alimentaire de 150 à 200 calories par jour alors que leur activité diminuait. Clairement, l’industrie du snack et des boissons a modifié leur alimentation », estime Barry Popkin, professeur à l’université de Caroline du Nord.

L’industrie alimentaire rejette de telles accusations. « Nos produits sont de qualité, ils s’inscrivent dans le cadre d’une alimentation équilibrée et ils ont la bonne taille », assure Lisa Howard, porte-parole de McDonald’s.

Le problème tient bien sûr aussi au manque d’exercice, à l’atomisation des repas et à l’exemple donné par les parents-mêmes.

Mais M. Popkin fait valoir que « où qu’ils aillent aujourd’hui, les enfants sont inondés de publicité, de programmes télévisés, de plein de choses qui font la promotion de ce genre d’aliments gras, salés ou sucrés ».

Stars de la pop prescriptrices d’achat dans les publicités, personnages de dessins animés sur les boîtes de céréales… l’industrie du snack s’est introduite partout, jusque dans les écoles. Celles-ci touchent des royalties, souvent proportionnelles aux ventes, sur les distributeurs automatiques placés dans les couloirs.

Et les cantines ne sont pas en reste, avec par exemple des « journées Pizza-hut » qui font la joie des écoliers.

Face à ce phénomène, les autorités scolaires ont commencé à réagir. Le gouverneur de Californie Gray Davis a signé une loi la semaine dernière pour que « seules des boissons saines soient vendues dans les écoles ».

En Virginie Occidentale, l’un des Etats au taux d’obésité adulte parmi les plus élevés, des règles alimentaires ont été mises en place dès le milieu des années 1970 dans les écoles.

« Chez nous, les enfants doivent acheter un repas entier, ils ne peuvent pas avoir juste un paquet de chips à la cafétéria » comme c’est le cas dans beaucoup d’Etats, souligne Mary-Kay Harrison, responsable de l’alimentation au bureau de l’éducation de l’Etat.

Ici les règles vont bien au delà de ce que recommande la législation et pour Mme Harrison, un durcissement des règles nationales « doit s’appliquer à tout ce qui est servi aux enfants en dehors des cantines », le problème dépassant largement les seules écoles. Selon M. Popkin, une régulation plus stricte est inévitable d’ici 10 à 20 ans.

C’est aussi le temps qu’il faudra pour que les procès intentés aux géants alimentaires aboutissent, estime-t-il. Cette année McDonald’s a échappé à deux reprises à une plainte de familles l’accusant d’avoir rendu ses enfants obèses.

Mais « l’opinion publique va tellement se retourner contre les entreprises que les tribunaux suivront », pronostique-t-il.

Source : AFP

Site(s) extérieur(s) cité(s) dans cet article :

Kraft Foods
http://www.kraftfoods.com/

McDonald’s
http://www.mcdonalds.com/

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