Les gouvernements devraient baliser l’utilisation de l’appellation « équitable »

Montréal (Québec), 13 mai 2003 – En cette Semaine nationale du commerce équitable, l’Union des consommateurs dévoile les résultats d’une enquête sur le café équitable réalisée en 2002. Cette enquête démontre que certains commerçants interprètent à leur guise la notion de commerce équitable, quand ils ne trompent pas carrément les consommateurs. Face à la confusion dans cemarché, l’organisme conclut que les consommateurs devraient rechercher lesceau de certification de Transfair Canada s’ils veulent être assurés que lesproduits qu’ils achètent répondent effectivement aux normes internationalementreconnues du commerce équitable. Et pour que le commerce équitable puissecontinuer à progresser, l’Union des consommateurs demande que lesgouvernements établissent une définition légale et des règles claires autourde ce type d’appellation.

Les règles du commerce équitable
Le mouvement du commerce équitable a pris naissance au début des années1990 et ne cesse de croître depuis. Il permet a de petits producteursorganisés démocratiquement d’établir des relations commerciales à long termeavec les consommateurs des pays développés. Alors que les prix mondiaux decertaines denrées, telles le café, le thé, le cacao ou le sucre, stagnent oudiminuent depuis les quarante dernières années, le commerce équitable permetaux producteurs des pays en voie de développement d’obtenir un juste prix pourleurs produits ainsi que des conditions de financement avantageuses. Lesfermiers s’engagent de leur côté à employer des méthodes de productionrespectueuses de l’environnement.

Les règles du commerce équitable sont balisées sur la scèneinternationale par des organisations telle la Fairtrade Labeling OrganizationInternational (FLO) qui veille également aux règles entourant lacertification.

Au Canada, l’organisme Transfair Canada est le seul habilité à certifierles produits équitables tels le café, le thé, le sucre, le cacao et lechocolat, conformément aux règles de FLO. Par ailleurs, il n’existe au paysaucune législation entourant la commercialisation des produits ditséquitables.

Des constats inquiétants
L’enquête de l’Union des consommateurs permet de constater qu’un nombresignificatif de commerçants ne suit pas les règles de certification reconnues,ce qui laisse la porte ouverte aux abus.

Ainsi, Café Aladdin, en Outaouais, vend un café « certifié équitable » parl’Association canadienne des pratiques commerciales équitables, uneorganisation sans but lucratif dont le siège social est au même endroit quecelui de… Café Aladdin!

Sur son site Internet, Terra Coffee de Montréal présente son café sous lamarque HumaniTerra comme étant « un café plus qu’équitable ». On y expliquecette appellation par le fait qu’en plus de l’aide versée aux producteurs, uneportion du fruit des ventes de ce café est versée au Club des petits déjeunersdu Québec.

L’enquête révèle que pareille confusion entre la notion de charité etcelle de commerce équitable se retrouve chez plus d’un commerçant de café.« Nous n’avons rien contre les oeuvres de charité » de préciser le porte-parolede l’organisme, Charles Tanguay, « mais le principe du commerce équitable n’estpas la charité. Au contraire, il s’agit plutôt de redonner leur dignité auxproducteurs en s’appuyant sur une nouvelle façon de faire du commerce ».

L’Union des consommateurs souligne également que plusieurs marquesoffrent du café qui semble répondre à la plupart des critères du commerceéquitable, sauf pour ce qui est du contrôle par un tiers indépendant. End’autres mots, les commerçants demandent tout simplement aux consommateurs deleur faire confiance en ce qui a trait à leurs pratiques de commerceéquitable.

Avec l’engouement actuel des consommateurs pour les produits issus ducommerce équitable, il serait dangereux, croit l’Union des consommateurs, des’en remettre seulement à la bonne foi des commerçants. Le contrôle par untiers indépendant, selon les règles internationalement reconnues de lacertification, paraît essentiel. Il y va de la crédibilité de tout lemouvement.

Pour une intervention gouvernementale
Face aux dangers de confusion pour le consommateur et de discrédit detout le mouvement du commerce équitable, l’Union des consommateurs demande auxgouvernements de préciser la définition du commerce équitable par unelégislation, première étape essentielle qui permettrait ensuite, le caséchéant, de proposer un encadrement législatif de la certification desproduits équitables.

A l’heure actuelle, bien que certaines lois pourraient être évoquées pourcontrer les commerçants qui abusent du concept, le flou réglementaire rendtoute intervention pour le moins incertaine. Le modèle mis en place au Québecavec la Loi sur les appellations réservées, qui régit notamment les alimentsbiologiques, est proposé par l’Union des consommateurs comme un exemple àsuivre pour l’encadrement réglementaire du commerce équitable.

Entre-temps, l’Union des consommateurs recommande aux consommateurs etaux détaillants de l’alimentation de rechercher les produits certifiés parTransfair Canada.

Site(s) extérieur(s) cité(s) dans cet article :

Union des consommateurs
http://consommateur.qc.ca/union

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