Les Japonais séduits par le « bio » depuis la crise de la vache folle

Tokyo (Japon), 6 décembre 2002 – Avec beaucoup de retard sur l’Europe et les Etats-Unis, l’agriculture biologique a finalement commencé à décoller au Japon grâce au coup de pouce involontaire d’une série de scandales alimentaires ces dernières années et à l’apparition de la maladie de la vache folle il y a un an.

« Les incidents des deux, trois dernières années comme l’affaire Snow Brand (lait avarié), la vache folle ou les légumes chinois contaminés à la dioxine ont rendu les consommateurs japonais beaucoup plus conscients des problèmes de sécurité alimentaire », explique Toshiaki Ono, président de l’association Conscience Organique Japon.

Tous les secteurs profitent du succès du « bio »: les services de livraison à domicile comme Daichi Wo Mamorukai, tout autant que de gros distributeurs comme Aeon-Jusco ou des magasins spécialisés comme Natural House.

« A cause des scandales, même les gens ordinaires cherchent la sécurité dans le bio, bien que cela ne se traduise pas encore par des ventes spectaculaires », selon un porte-parole de la fédération de l’alimentation naturelle.

M. Ono, qui est à la tête de Yumei Ichiba, spécialiste de la vente d’aliments organiques, a été l’un des pionniers au Japon.

« J’étais enseignant dans une crèche et m’intéressais à la nourriture donnée aux enfants, qui devait être saine à mes yeux. A partir de 1978 j’ai commencé à vendre des légumes sans additifs chimiques avec un chariot dans la rue à Tokyo », raconte-t-il.

Après une longue expérience comme grossiste, il a ouvert son premier supermarché, avec boulangerie, en 1998. Il possède aujourd’hui dans Tokyo et sa banlieue huit points de vente sous l’enseigne Mothers, qu’il compte porter à 30 d’ici trois ans en s’étendant à la région d’Osaka (ouest). Il s’approvisionne auprès de 1.000 paysans dans tout le Japon.

Le concept « bio » intéresse même les épiceries de proximité ouvertes 24 heures sur 24, spécialistes notamment des nouilles déshydratées.

Ainsi la chaîne Lawson a ouvert en juillet 2001 une boutique Natural Lawson offrant surtout des produits frais ou à basse teneur en additifs chimiques, ainsi que des shampoings ou crèmes de soins naturels.

Sept autres Natural Lawson ont été ouverts en 2002. Ils sont fréquentés à 60% par des femmes « parce qu’elles sont plus conscientes des problèmes de santé » contre 70% d’hommes dans les Lawson classiques, selon Tomoko Hiraishi, porte-parole du groupe. La direction veut étendre son réseau à 20 boutiques sous ce logo d’ici février 2003.

« Ces magasins ne réalisent pas encore de profits parce qu’il faut un ou deux employés de plus que dans un Lawson normal à cause de livraisons de légumes plus fréquentes et des stands de jus de fruits frais », a expliqué Mme Hiraishi.

Pour des raisons de manque d’espace et aussi à cause du goût obsessionnel des Japonais pour les fruits ou légumes sans défauts et à bel aspect, la production d’aliments 100% « bio » (validée par le label officiel JAS) est très limitée au Japon, avec 0,1% des légumes, 0,04% des fruits, 0,09% du riz et 0,43% de la production de soja.

Une bonne partie des produits transformés (sauces tomates, céréales, jus de fruits) doivent en outre être importés par les distributeurs de France, d’Allemagne ou d’Italie mais aussi des Etats-Unis, car il serait trop coûteux de les produire au Japon, souligne M. Ono.

Résultat, « les aliments organiques au Japon sont facturés en moyenne 30 à 50% plus cher que les non bio contre un surcoût de 15% aux Etats-Unis. Seuls les riches peuvent se les permettre », se désole M. Ono, en prédisant toutefois une baisse des prix dans les cinq ans à venir.

Source : AFP

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