Les nutriments affectent l’expression des gènes

Ronan Power

Le directeur du Centre de nutrigénomique de la compagnie Alltech, Ronan Power, lève le voile sur une science de l’alimentation qui prend son envol, la nutrigénomique. Ce centre de recherche est situé au Kentucky où Le Bulletin des agriculteurs l’a rencontré et a réalisé une entrevue sous forme question-réponse.

Qu’est-ce que la nutrigénomique ?
— C’est l’étude de la façon dont les nutriments affectent l’activité des gènes. C’est bien connu, l’ADN est l’empreinte que chaque organisme vivant possède. L’ADN est divisé en gènes. Lorsqu’un gène est activé, il allume la machinerie qui va éventuellement produire des protéines. Ce ne sont pas les protéines qui participent à l’élaboration des muscles. Ce sont des protéines qui remplissent des fonctions biologiques très précises.

Toute l’activité de la nutrigénomique est d’influencer les gènes pour modifier l’activité biologique dans un effet bénéfique. Et quand je parle de modifier les gènes, je ne parle pas d’ingénierie génétique. On ne prend pas des gènes d’un animal pour les insérer dans l’ADN d’une autre espèce. C’est simplement de stimuler les bons gènes et de désactiver les mauvais gènes.

Qu’est-ce que la nutrigénomique va changer pour les producteurs agricoles ?
— Le principal bénéfice pour le producteur sera avant tout dans l’alimentation. Les alternatives à certains aliments. Obtenir plus d’énergie de produits existants. Ça va augmenter la valeur que vous obtenez de cet aliment. Ça affectera le prix de vos aliments de base. Si nous faisons un produit qui améliore la qualité de la viande, ce produit pourra peut-être obtenir une prime à la vente parce qu’il va durer plus longtemps sur les tablettes. Nous travaillons aussi sur la qualité de la coquille des oeufs en essayant de modifier le transport du calcium dans l’oviducte. C’est une science très compliquée, mais les objectifs ultimes sont très pratiques.

Comment entrevoyez-vous l’avenir de la nutrigénomique?

— Je crois que dans 5 ou 10 ans, ce sera une technologie qui sera plus diffusée dans l’industrie. Je dis ça parce qu’aujourd’hui, c’est dispendieux. Une puce comme celle-ci vaut 400 $. Il y a un an ou deux, c’était 1000 $. Dans 5 ou 10 ans, ce sera probablement 20 $.

La façon que je vois ça à l’avenir – et ce n’est pas de la science-fiction – c’est que les meuniers pourront prendre de la matière première et évaluer comment ça affectera les gènes. Comme du fourrage de l’année, ou une récolte de l’année, ils auront une valeur nutritionnelle basée sur le patron des gènes. Par exemple, la valeur énergétique du maïs. Nous lui accordons une valeur calorifique, mais s’il a des mycotoxines, est-ce que c’est correct de ne lui accorder que des valeurs calorifiques ? Non ! Ce que ça fera chez un animal, vous ne le savez pas tant que ce n’est pas testé chez l’animal. Cette technologie permet de prédire l’expression des gènes. C’est la beauté de cette science.

D’autres questions et réponses dans l’article Les nutriments affectent les gènes paru en page 29 du numéro d’octobre 2011 du Bulletin des agriculteurs.

à propos de l'auteur

Agronome et journaliste

Marie-Josée Parent couvre les productions laitière, bovine, avicole et porcine au Bulletin des agriculteurs.

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