Les OGM au centre d’une controverse sur la famine en Afrique

Johannesburg (Afrique), septembre 2002 – OGM ou pas OGM ? Avec la famine qui menace près de 13 millions d’Africains, la question n’est plus académique : les gouvernements locaux doivent décider s’ils acceptent l’aide en grains offerte par les pays riches, les Américains ayant proposé près de 500 000 tonnes sur le million nécessaire. Or, une bonne partie du blé en question est génétiquement modifié.

Les Nations unies estiment que 12,8 millions de personnes vivant dans six pays d’Afrique australe ont un besoin urgent d’aide alimentaire si l’on veut éviter une hécatombe.

Mais malgré cette menace, tous les pays ne sont pas prêts à accepter n’importe quelle aide. Ils craignent que le déversement des OGM ne condamne à mort leur propre agriculture lorsque celle-ci aura retrouvé son niveau de production normal. Un pays comme la Zambie craint de se voir fermer les débouchés de ses exportations dans les pays anti-OGM. En outre, certains responsables politiques redoutent des effets adverses sur la santé.

La Zambie a donc interdit les OGM. Quant au Zimbabwe, il ne les accepte que sous forme de farine pour empêcher que le grain ne serve aux semis. Le Mozambique envisage de prendre des dispositions similaires.

La controverse sur les organismes génétiquement modifiés a rebondi au sommet de Johannesburg sur le développement face aux risques actuels de famine dans la région. Il y a dix ans au premier sommet de Rio de Janeiro, les OGM étaient encore dans les laboratoires et la question n’avait pas été abordée. Maintenant, ils poussent massivement dans les champs de poids lourds de l’agriculture: aux Etats-Unis, au Canada, en Argentine et en Chine.

La modification des gènes d’une plante en y introduisant un élément étranger, une bactérie par exemple, permet de la doter de qualités susceptibles d’augmenter sa valeur commerciale telles que la résistance aux insectes ou à la sécheresse.

Plusieurs pays, en Europe notamment, refusent la culture des OGM de crainte d’une « pollution génétique » d’autres végétaux dont on ne maîtriserait pas les conséquences. Via le pollen, on peut imaginer que d’autres plantes beaucoup moins intéressantes que le blé ou le maïs n’acquièrent les nouvelles qualités introduites par l’homme et ne se mettent à proliférer de manière catastrophique.

En outre, les OGM correspondent plus aux besoins des cultures industrielles des pays riches qu’à l’agriculture de subsistance du tiers-monde (seuls l’Afrique du Sud et le Kenya commencent à planter des OGM).

Leurs partisans croient que la Zambie et les pays anti-OGM sont les victimes de la « propagande verte ». Pour le généticien C.S. Prakash de l’université Tuskegee en Alabama aux Etats-Unis, « c’est inadmissible! Demandez à un enfant zambien mourant de faim s’il est heureux que l’on se paye le luxe de ce débat bidon en ce moment ».

Les industriels sont également perplexes. Car, soulignent-ils, non seulement plusieurs centaines de millions de personnes consomment déjà des OGM sans problèmes de santé, mais en outre leur mise en culture massive de par le monde est susceptible de prévenir de nouvelles famines tout en protégeant l’environnement en réduisant l’usage des pesticides.

Du côté des écologistes, on accuse les Américains de tenter d’imposer leurs OGM en profitant de la faim. Les paysans, disent-ils, vont inévitablement en planter sans avoir le choix. « La chose la plus importante maintenant est de fournir de l’aide alimentaire », estime Sidi Diawara de l’organisation humanitaire britannique Oxfam. « Mais les pays doivent avoir le choix. On ne peut les contraindre à manger ce qu’ils ne mangeraient pas en temps normal. C’est inhumain. »

Si les grandes agences de l’Onu ont donné leur aval aux cultures génétiquement modifiées, certains responsables onusiens estiment que la controverse actuelle est un faux débat. Selon eux, la production mondiale est suffisante pour que les pays dans le besoin aient le choix d’accepter ou de refuser les OGM.

Mais d’une manière générale, en dehors des périodes de crise, la décision d’en cultiver ou pas relève du choix politique de chaque pays tant que le protocole vieux de deux ans réglementant leur commerce n’aura pas été ratifié, un accord rejeté par ailleurs par Washington.

Et seul l’avenir dira si les OGM sont nocifs ou pas. A moins qu’ils soient à la fois l’un et l’autre, certains s’avérant inoffensifs, d’autres pas.

Source : AP

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