Les pêcheurs européens manifestent contre de nouveaux quotas

Boulogne-sur-Mer (France), 11 décembre 2002 – Des marins-pêcheurs venus de plusieurs pays européens ont perturbé le trafic transmanche et la navigation dans le détroit du Pas-de-Calais pour dénoncer le projet de la Commission européenne de réduire les quotas de pêche au cabillaud et au merlan.

Pour cette « première » au niveau européen, les pêcheurs français, rejoints par des Britanniques, des Irlandais, des Danois, des Belges, des Néerlandais, des Italiens et des Portugais, ont bloqué le port de Calais, où le trafic des ferries a été suspendu pendant sept heures, perturbé l’activité à Boulogne et Dunkerque et organisé une « opération escargot » dans le détroit.

La flottille des protestataires, qui s’étendait sur près de 10 km, a remonté le rail à faible allure, les quelque 80 bateaux naviguant à 200 mètres de distance les uns des autres.

Le mouvement a pris fin peu avant 17h00 et les navires de pêche ont regagné le port de Boulogne.

A Calais, une dizaine de bateaux ont bloqué l’entrée du port de 10h00 à 17h00, puis le trafic des ferries a pu reprendre.

En Bretagne également, les pêcheurs ont fait entendre leur voix et ont occupé pendant une heure et demie dans la matinée la direction départementale des affaires maritimes de Quimper, dans le Finistère.

Le projet du commissaire européen à l’Agriculture et à la Pêche, Franz Fischler, prévoit de réduire de 80% la pêche au cabillaud et de 75% celle du merlan en 2003 afin de reconstituer les stocks jugés menacés, ce que contestent les pêcheurs qui voient dans ce plan un « coup de grâce » pour la profession.

« Soit nous faisons de notre mieux pour assurer l’avenir de notre pêche en prenant des mesures indéniablement douloureuses à court terme, soit nous les reportons une fois de plus jusqu’à la disparition inévitable de nos réserves les unes après les autres », a-t-il déclaré mercredi en soumettant au nom de la Commission européenne son projet.

Fischler a également menacé d’interdire purement et simplement la pêche de certaines espèces dans le cas où les ministres des Quinze ne parviendraient à s’entendre sur une limitation de l’activité de leurs flottes nationales lors du conseil des ministres de la Pêche prévu la semaine prochaine à Bruxelles.

« Cela reviendrait à laisser à quai des bateaux onze mois sur douze et entraînerait la suppression massive de 28.000 emplois », a affirmé à Boulogne Jacques Bigot, secrétaire général de la CFTC-pêcheurs.

Pour Bruno Margollé, patron du chalutier « Nicolas-Jérémy »,« les scientifiques travaillent avec les mêmes programmes depuis vingt ans ». « Ils sondent des secteurs où on ne met plus les pieds depuis des années car les poissons ont bougé. Ils en déduisent alors qu’il n’y a plus de cabillaud, ce qui est faux », a-t-il expliqué.

« Un phénomène nouveau »
Il a précisé qu’il ferait partie d’une délégation qui sera reçue jeudi à 11h00 à l’Elysée par un conseiller de Jacques Chirac.

« Cette manifestation spontanée est un phénomène nouveau qui révèle la peur des pêcheurs et dépasse pour la première fois le seul cadre français. Le malaise s’étend désormais aux pêcheurs du Nord, qui partagent traditionnellement les thèses écologiques de Bruxelles », a souligné pour sa part Marc Ghiglia, secrétaire général de l’union des armateurs à la pêche de France (UAPF).

« Les gens sont surpris et déboussolés par la précipitation et l’autoritarisme de la Commission européenne et son absence de concertation », a-t-il ajouté.

Le ministre de l’Agriculture et de la Pêche, Hervé Gaymard, qui a reçu en fin de matinée une délégation du Comité national des pêches maritimes, a réaffirmé à l’Assemblée l’hostilité de la France aux propositions de la Commission européenne.

« Nous aurons la semaine prochaine un conseil des ministres de la Pêche très difficile à Bruxelles. Ne doutez pas de la résolution du gouvernement sur ce dossier », a-t-il dit lors de la séance des questions d’actualité.

Pascal Lamy, commissaire européen au Commerce, a défendu sur RTL le principe des quotas, soulignant qu’il fallait « gérer les stocks avec sagesse et parcimonie ».

Il a dit « comprendre » les manifestants mais a affirmé qu’il fallait « bien que quelqu’un préserve les stocks de poisson pour qu’il puisse y avoir encore des poissons et que les pêcheurs aient quelque chose à faire dans quelques années ».

En Bretagne, les marins-pêcheurs actuellement en mer ont été invités à envoyer des fax à la présidence de la République pour demander à Jacques Chirac de prendre leur défense lors du sommet européen de Copenhague, en fin de semaine.

Les marins à quai, eux, devaient déposer symboliquement dans les directions départementales des affaires maritimes le rôle de leur équipage, qui assure leur couverture sociale.

Une délégation a été reçue en fin de matinée à la préfecture du Finistère à Quimper et une réunion rassemblant les pêcheurs du Morbihan et du Finistère était prévue dans l’après-midi à la Chambre de commerce et d’industrie de la ville.

A Boulogne, les pêcheurs ont reçu le soutien des agriculteurs qui ont défilé en tracteurs dans le centre-ville. Seul incident à signaler, une fusée tirée d’un des chalutiers a atteint le centre national de la mer Nausicaa et provoqué un début d’incendie, sans causer de dégâts notables.

Source : Reuters

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