Les producteurs de lait de l’Estrie s’impatientent

Rock Forest (Québec), 14 janvier 2003 – Le Syndicat des producteurs de lait de l’Estrie a décidé de remettre à l’honorable Stéphane Dion, ministre des Affaires intergouvernementales, lors de sa venue à Sherbrooke, un panier de fromages fabriqués au Canada. Les producteurs profitent de l’occasion pour lui faire savoir leur insatisfaction face à l’importation de fromages, au-delà des engagements pris dans le cadre de l’OMC, et à la lenteur d’exécution des promesses de la Commission Canadienne du lait (CCL).

La gestion de l’offre repose sur trois piliers : deux d’entre eux sont entre les mains du gouvernement fédéral et plutôt mal en point. La gestion de l’offre ne coûte rien au gouvernement et ni aux consommateurs qui paient moins cher leurs produits laitiers au Canada qu’ailleurs dans le monde (la dernière enquête effectuée à la fin de novembre indique que les produits laitiers canadiens sont environ 20 % moins cher qu’aux États-Unis). Les transformateurs canadiens réalisent de meilleures affaires que leurs homologues américains (21,3 % de profit vs 14,1% aux États-Unis en 2001). Les restaurateurs et détaillants tirent des marges de profits moins scandaleuses qu’aux É-U mais s’en sortent très bien lorsqu’on regarde, entre autres, le prix du lait dans les restaurants et les déclarations de détaillants à l’effet que le comptoir laitier est l’un des comptoirs les plus payants à l’épicerie (espace occupé et taux de roulement). Le système de mise en marché du lait au Canada a donc une feuille de route parfaite mais deux des piliers sont à s’écrouler. Le gouvernement, s’il supporte vraiment ce mode de mise en marché, doit agir et vite!

1) Le prix

Moins de 26 % des producteurs de lait au Canada touchent un prix qui leur permet de couvrir leur coût de production. Conséquence : les producteurs de lait sont rémunérés à environ 7,08 $ / l’heure.

La CCL a reconnu en janvier 2002 qu’il y avait un rattrapage à faire et qu’il devait se faire, mais il faut que ce soit rapidement. La conjoncture économique est favorable au rattrapage et les producteurs vivent ce manque à gagner depuis trop longtemps déjà : on ne peut éterniser sa réalisation. Il manque 10,29 $ / hl de lait (10 sous par litre) pour que 50 % des producteurs obtiennent un prix permettant de couvrir leur coût de production incluant une rémunération décente poux leur travail. C’est la mission de la CCL de s’assurer que les producteurs efficaces aient une juste rétribution,

Cette année, environ 7 % des producteurs de lait québécois ont quitté la production. C’est du jamais vu!

Le gouvernement canadien a complètement éliminé le subside laitier et devait ajuster le prix d’autant. En réalité, le prix n’a jamais été ajusté davantage que l’inflation, si bien que les producteurs ont perdu le subside sans ajustement réel sur le prix. Le subside était de 6 $ par hectolitre (6 sous par litre) ce qui représente une grosse part du 10,29 $ manquant.

La hausse de 2,36 $ annoncée par la CCL ne permettra, tout au plus, que d’essuyer la hausse des coûts sans permettre quelque rattrapage que ce soit. La situation devient de plus en plus difficile sur les fermes.

2) Le contrôle des importations

Le contrô1e des importations, autre responsabilité du gouvernement canadien, laisse à désirer. Les importations d’huile de beurre, qui remplace la crème dans la fabrication de crème glacée, ont déjà coûtées 25 % du marché de la crème glacée (2,5% du marché total de lait au Canada). Le gouvernement canadien peut régler ce problème facilement s’il a la volonté de le faire.

Les importateurs s’ingénient à trouver toutes sortes de trucs pour contourner les tarifs et les fonctionnaires canadiens semblent très complaisants à leur égard.

Les importations de mélange de beurre et de sucre ont crû de 557 %, celles de lactosérum et de produits de lactosérum de 1639 %, celles de caséine et de caséinates de 178%. Le fromage canadien est donc de moins en moins canadiens puisque des ingrédients importés remplacent de plus en plus le lait produit au Canada.

Les producteurs laitiers du Canada ont fourni une liste de ces problèmes avec des solutions assorties au comité formé suite à la manifestation de Chicoutimi. Les membres du comité sont beaucoup plus préoccupés à trouver des failles aux solutions proposées que de chercher des solutions eux-mêmes.

Il devient difficile de croire le gouvernement lorsqu’il dit supporter la gestion de l’offre à 1000% (Vanclief l’a répété au congrès de l’UPA) devant de telles évidences.

Nous avons donc besoin que le gouvernement agisse et vite!

Nous ne voulons pas d’argent, nous ne quêtons pas de subvention. Le gouvernement canadien a déjà de la misère à suivre les Américains pour subventionner les producteurs sans gestion de l’offre, imaginez s’il nous abandonne! Nous ne voulons pas un sou du gouvernement, nous voulons juste un prix décent et un contrôle des frontières à la hauteur de l’appui gouvernemental déclaré à la gestion de l’offre.

Site(s) extérieur(s) cité(s) dans cet article :

Commission canadienne du lait (CCL)

http://www.ccl.ca/

Union des producteurs agricoles (UPA)

http://www.upa.qc.ca/

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