L’éthanol est-il vraiment écologique?

Albany (États-Unis), 21 juillet 2005 – Présentés comme des énergies alternatives, l’éthanol et d’autres biocarburants à base de végétaux ne seraient pas si écologiques qu’on le pense, à en croire une nouvelle étude américaine qui affirme que leur fabrication consomme plus d’énergie que ces carburants n’en produisent eux-mêmes.

Les agriculteurs, entreprises et administrations aux Etats-Unis investissent actuellement des millions de dollars dans le développement de ces biocarburants considérés comme des sources d’énergie renouvelables. Leurs partisans affirment qu’ils sont plus propres que les énergies fossiles (pétrole, gaz, charbon), réduisent la dépendance américaine au pétrole et offrent un nouveau marché aux agriculteurs.

Mais la nouvelle étude conduite par des chercheurs de l’université Cornell et de l’université de Californie à Berkeley présente un tableau moins flatteur. Elle affirme par exemple que la quantité d’énergie fossile nécessaire à la transformation du maïs en éthanol est de 29% plus élevée que la quantité d’énergie ainsi obtenue. Pour un type d’herbe des grandes plaines et du nord-est des Etats-Unis et pour le bois, le déséquilibre entre énergie consommée et celle obtenue est encore plus grand: respectivement 45% et 57%.

La transformation du soja en carburant biodiésel représente quant à elle une déperdition de 27% d’énergie, un chiffre qui atteint plus de 50% avec le tournesol, selon l’étude.

« La production d’éthanol aux Etats-Unis ne sert pas la sécurité énergétique du pays, son agriculture, l’économie ou l’environnement », estiment les auteurs des recherches, David Pimentel et Tad Patzek, qui en concluent que les Etats-Unis feraient mieux d’investir dans l’énergie solaire, le vent et l’hydrogène.

Les chercheurs ont intégré dans leurs travaux des facteurs comme l’énergie utilisée pour produire les récoltes, un poste qui ne figurait pas dans d’autres études qui soutenaient la production d’éthanol, souligne M. Pimentel.

La nouvelle enquête n’a pas en revanche tenu compte des subventions publiques d’un montant de trois milliards de dollars (2,5 milliards d’euros) qui vont à la production d’éthanol chaque année aux Etats-Unis et masquent le véritable coût du carburant, selon M. Pimentel.

L’éthanol est employé comme additif mélangé à l’essence pour augmenter l’indice d’octane et réduire les émissions des automobiles. Son usage s’est développé rapidement depuis 2004 aux Etats-Unis. Quelque 14 milliards de litres d’éthanol ont été produits l’an dernier dans le pays, d’après l’Association des carburants renouvelables, une organisation des professionnels américains de l’éthanol.

Ceux-ci affirment que 30 milliards de litres d’éthanol par an permettraient aux raffineurs d’utiliser deux milliards de barils de pétrole en moins. Les sociétés pétrolières rejettent cette conclusion, estimant que l’éthanol n’aurait qu’un impact négligeable sur les importations américaines d’or noir dans ces temps d’explosion des cours.

De leur côté, les producteurs d’éthanol contestent la nouvelle étude, arguant qu’elle est fondée sur des données obsolètes qui ne prennent pas en compte certains avantages du carburant. En outre, des études des ministères américains de l’Energie et de l’Agriculture indiquent que l’éthanol génère au moins 60% d’énergie de plus qu’il n’en faut pour le produire, note Michael Brower, de l’université de l’Etat de New York, établissement qui a beaucoup travaillé sur la production d’éthanol à partir de certaines essences d’arbres.

Source : AP

Site(s) extérieur(s) cité(s) dans cet article :

Université Cornell
http://www.cornell.edu/

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