Manifestations d’agriculteurs dans les pays candidats à l’UE

Varsovie (Pologne), 4 décembre 2002 – Dans les pays d’Europe de l’Est briguant leur adhésion à l’Union européenne, agriculteurs en colère et responsables politiques populistes ont accru leur pression sur leurs gouvernements respectifs, sommés d’obtenir de Bruxelles les meilleurs accords possibles.

Plusieurs milliers d’agriculteurs ont battu le pavé de la capitale tchèque et jeté oeufs et tomates sur la façade du ministère de l’Agriculture pour manifester leur mécontentement concernant les conditions d’adhésion, dont ils affirment qu’elles vont les ruiner.

Les paysans tchèques, tout comme bon nombre de leurs homologues dans les dix pays candidats, n’apprécient pas de se voir proposer, quand ils entreront dans l’UE, des subventions démarrant à seulement 25% du niveau moyen des aides agricoles communautaires.

Les électeurs d’Europe centrale sont en faveur de l’entrée dans l’UE, mais les dirigeants des pays candidats craignent que, se sentant floués sur le dossier agricole, ils ne manifestent leur mécontentement lors des référendums d’adhésion prévus l’an prochain.

« Je pense qu’ils (les responsables de l’UE) ont bien calculé ça de sorte que l’agriculture tchèque soit détruite quand elle touchera enfin la totalité de ses subventions », estime fourche en main Josef Bartos, un agriculteur de Moravie du Sud.

Des paysans ont également défilé dans les rues de Bratislava, en Slovaquie, réclamant que l’UE double le montant des subventions agricoles qu’elle leur propose et qu’elle raccourcisse de dix à trois ans le délai séparant l’entrée du pays dans l’UE du moment où il touchera la totalité des aides.

L’élargissement à l’Est de l’UE est prévu pour mai 2004.

« Nous n’avons pas peur de travailler dur, et nous ne craignons pas non plus la concurrence européenne. Mais nous ne pouvons pas faire des miracles, bien que ce soit exactement ce que demande l’UE », a expliqué un chef de file des agriculteurs.

Casse-tête politique
Neuf jours avant le début du sommet européen de Copenhague, consacré à l’Elargissement, les pays candidats tentent de boucler les négociations tout en rassurant leurs opinions publiques.

Concernant le processus de négociations, la Commission européenne a pour sa part fait savoir que de profondes divergences persistaient encore entre l’UE et les pays candidats.

« Nous sommes encore très éloignés les uns des autres. Il reste encore beaucoup de travail à faire. Ce qu’il faut, c’est du courage politique et de la flexibilité des deux côtés », a déclaré le porte-parole de la Commission, Jean-Christophe Filori, lors de son point de presse quotidien.

Il a averti par ailleurs les dix pays candidats qu’il ne serait pas judicieux de leur part de faire traîner les négociations dans l’espoir de décrocher des concessions de dernière minute lors du sommet des 12 et 13 décembre.

En Pologne, le plus grand pays candidat à l’adhésion, l’opposition parlementaire a déposé des motions appelant à ce que les discussions soient suspendues jusqu’à ce que la Commission ait promis aux agriculteurs polonais qu’ils toucheraient immédiatement 100% de leurs subventions.

La coalition de centre-gauche au pouvoir à Varsovie tente par ailleurs d’aplanir les différences entre le ministre de l’Agriculture, Jaroslaw Kalinowski, chef de file du Parti des Paysans, au pouvoir, et le représentant de la Pologne dans les négociations, concernant les concessions que peut faire le pays à Bruxelles.

« Ce dont nous avons besoin avant tout, c’est de présenter un front uni pour que nous puissions obtenir les meilleures conditions (d’adhésion) pour la Pologne », a déclaré au Parlement le Premier ministre, Leszek Miller.

Il a ajouté que la Pologne avait d’ores et déjà obtenu l’une des meilleures propositions faites aux pays candidats, soulignant que si elle restait en-dehors de l’UE, elle laisserait les autres candidats se partager les 40 milliards d’euros prévus pour les futurs membres.

Source : AFP

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