Nématode du soya

Au Québec, le traumatisme du nématode doré dans les pommes de terres en encore bien présent. Pour sa part, le spectre du nématode du soya commence à peine à faire jaser.

PHOTO : Iowa State University - Le kyste du nématode du soya a la forme d'un citron.

Aux État-Unis, ce ravageur est présent dans tous les états où se cultive du soya à grande échelle. À lui seul, il cause plus de dommage que tous les autres ravageurs du soya réunis.

Plus près de chez nous, en Ontario, le nématode du soya, ou NKS, s’est déclaré dans 17 comtés, provoquant des pertes de rendement de 5 à 100 %. Quand des symptômes visuels apparaissent, la perte de rendement s’élève déjà à 25 ou 35 %, affirme Guy Bélair, chercheur chez Agriculture et Agroalimentaire Canada à Saint-Jean-sur-Richelieu.

« Le NKS fait tranquillement son chemin vers le Québec. Faudrait pas se mettre la tête dans le sable », a déclaré Guy Bélair le 6 décembre dernier, lors d’une journée Grandes cultures à Saint-Rémi. Ce n’est qu’une question d’années avant qu’on découvre cet insecte au Québec, prévient-il.

À la différence du nématode doré, qui a besoin des pommes de terre pour proliférer, le NKS a un spectre d’hôtes très large. Il adore le soya, apprécie les haricots secs et les autres types de haricots. Il s’attaque à 23 familles de plantes, dont plusieurs mauvaises herbes présentes au Québec. Il peut notamment se reproduire sur les racines de la céraiste vulgaire, le lamier amplexicaule et la stellaire moyenne.

Heureusement, le NKS ne s’intéresse pas au maïs, au blé, l’avoine, au trèfle et à la luzerne. Il peut néanmoins survivre plus de 10 ans dans un sol sans présence d’une plante hôte. Il préfère les sols légers, mais selon Guy Bélair, nos sols lourds ne nous prémunissent pas contre ce ravageur. Le type de travail de sol n’offre aucune protection.

À ce jour, très peu d’hectares au Québec ont fait l’objet d’un dépistage. Guy Bélair reconnaît que le NKS pourrait déjà être présent au Québec. Fautre d’être bien connu, les symptômes qu’il provoque sur le soya peuvent facilement être confondus avec aux dommages d’une carence nutritionnelle, d’un inondation, d’un herbicide, de compactage ou de pourriture des racines. Les symptômes sont plus manifestes lors de conditions stressantes.

Les kystes du NKS font moins de 1 mm de diamètre (tête d’épingle) et vont du blanc au brun jaunâtre.

Le meilleur moyen de prévenir l’infestation est d’utiliser des variétés de soya qui sont résistantes au NKS. À ce jour, cependant, seuls deux gènes de résistance ont été identifiés et il ne sont pas efficaces sur toutes les 16 races de NKS.

Selon Guy Bélair, des projets de développement de nouvelles variétés sont en route. Si le Québec a de la chance, elles seront disponibles d’ici 5 ou 10 ans, quand les premières infestations se déclareront.

Guy Bélair et ses collègues ont aussi reçu l’approbation pour un projet de dépistage qui pourrait permettre de suivre l’établissement du NKS au Québec. Quarante sites où se cultive du soya depuis longtemps seront identifiés, afin d’y dépister en continu.

Dans le cas du NKS, on ne peut compter sur des ressources de l’Agence canadienne d’inspection des aliments (ACIA), prévient Guy Bélair. « Il faut prendre ça en main, établir des sites de suivi et poursuivre le développement de variétés qui seront adaptées à nos sols et qui porteront les bons gènes de résistance. »

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