Quinze mille agriculteurs européens manifestent à Strasbourg

Strasbourg (France), 11 juin 2002 – Quelque 15 000 agriculteurs, 12 000 selon la police, venus de tous les pays de la future Europe élargie, ont manifesté dans le calme devant le Parlement européen à Strasbourg, venus « défendre leur métier », « l’avenir de l’Europe », et dire « non à une réforme » de la politique agricole commune (PAC).

Cette première manifestation rassemblant des agriculteurs de la future Europe élargie avait lieu à l’appel du COPA (Comité des organisations professionnelles agricoles de l’Union européenne), du COGECA (Comité général de la coopération agricole), du CEJA (Conseil européen des jeunes agriculteurs).

Etaient présents de très nombreux syndicats, dont la FNSEA et le CNJA français, ainsi que des exploitants agricoles de nombreuses régions et pays, Bavière, du Brandebourg, de Bade, de République tchèque, d’Italie, d’Espagne, de Grèce, de Norvège, d’Irlande, d’Espagne, ou d’Estonie.

Les agriculteurs veulent influencer les négociations sur le volet agricole de l’élargissement, le plus explosif, que doit lancer le 10 juillet à Berlin le Commissaire à l’Agriculture Franz Fischler.

Ces négociations auraient dû avoir une conclusion formelle au sommet européen de Séville, les 21 et 22 juin. Mais elles ont pris du retard, en raison des divergences au sein des Européens, mais aussi des dernières décisions de Washington renforçant les subventions aux agriculteurs américains et menaçant, selon l’UE, les cours mondiaux, notamment pour le maïs le blé, ou le soja.

« Nous sommes heureux d’accueillir à Strasbourg le premier grand rassemblement de l’Europe représentant 23 pays. Nous voulons plus d’Europe », a lancé Jean-Michel Lemétayer, président de la FNSEA.

« Nous, agriculteurs, c’est de l’Europe que dépend notre avenir. Nous aimerions entendre le Commissaire Fischler tenir des propos comme ceux de George Bush qui dit combien l’agriculture est importante pour l’Amérique », a-t-il déclaré.

Cette politique agricole des Etats-Unis a été très fortement condamnée par tous les intervenants, qui s’en sont aussi pris au commissaire européen à l’Agriculture, Franz Fischler, lequel devrait proposer des réductions drastiques des aides, en vue de l’élargissement, qui verra entrer dans l’UE des agricultures bien plus pauvres, polonaise ou hongroise. « Fischler-Bush complices », pouvait-on lire sur les pancartes.

« Nos paysans doivent être une sécurité pour l’Europe, pour son économie, son aménagement du territoire, pour ses productions de qualité. C’est un renforcement du budget que nous voulons et une politique au service de l’économie et du développement rural », a ajouté M. Lemétayer.

En début d’après-midi, le président du Parlement européen, l’Irlandais Pat Cox, est sorti dans la cour d’honneur montrer la solidarité des parlementaires à une délégation de syndicalistes européens. « Nous avons un challenge, nous sommes solidaires et à l’écoute. Nous avançons pas à pas et nous avons suffisamment d’imagination pour agir », a-t-il dit.

Une carriole tirée par deux percherons rendus un peu nerveux par l’ambiance électrique, les accompagnait dans la cour d’honneur, transportant de nombreux produits de l’agriculture européenne: fraises, asperges, cerises (des burlats d’Alsace), du pain, du fromage et des galettes, dont l’une fut offerte à Pat Cox.

« La position du Parlement européen reste très claire », a affirmé ce dernier, « afin de lutter pour un modèle européen dans l’Organisation mondiale du commerce (OMC) et à l’extérieur ».

Devant le Parlement, les manifestants mettaient en garde Franz Fischler et le président de la Commission Romano Prodi: « faites attention, nous ne serons pas toujours des figurants. Ne venez pas nous parler de contraintes budgétaires, nous ne voulons ni de baisse de prix ni de bradage ».

La manifestation des agriculteurs s’est achevée par un gigantesque casse-croûte sur l’herbe, laissant les rues de Strasbourg jonchées de pétards, grains de maïs et de blé, au milieu d’un tapis de plumes blanches.

Source : AP

Commentaires