UE : L’agriculture ne consomme pas les crédits qui lui sont alloués

France, 4 septembre 2002 – Fréquemment accusée de coûter cher au Trésor communautaire, l’agriculture, qui représente encore 40% du budget européen, n’a jamais dépassé les enveloppes allouées ces dernières années, souligne un bilan de la Pac réalisé par les Chambres d’agriculture. Malgré les conséquences de la maladie de la vache folle et les crises sanitaires qui ont suivi. Non seulement cela, mais les années 2000 et 2001 se sont clôturées avec un excédent total de recettes de plus de 11 et 15 milliards d’euros restitués aux Etats membres.Les budgets votés pour ces deux années et 2002 ont toujours été en-deçà de 2 milliards d’euros du plafond fixé à Berlin. Sur l’ensemble de la période 2000-2006, les dépenses agricoles et rurales sont de l’ordre de 42 milliards d’euros par an, en recul de 37 milliards par rapport à la période précédente.

La réforme de la Pac n’a pas modifié la hiérarchie des pays bénéficiaires du FEOGA-garantie (dépenses consacrées aux marchés) : la France caracole toujours en tête avec 22% et 9 milliards d’euros par an, suivie par l’Allemagne et l’Espagne (14%). Les secteurs bénéficiaires sont restés les mêmes : céréales et oléo-protéagineux (42%) et viande (12%) en 2000. En 2006, la répartition devrait être 42% pour les cultures, 19% pour la viande bovine et 7,5% pour le lait.

Un changement majeur est celui de la place prise par les aides directes dans le revenu des agriculteurs. Elles totalisent 29,5 milliards d’euros soit 70% du FEOGA. Dans certains cas elles représentent 150% du revenu des exploitants, les prix agricoles ayant été notablement baissés. Dans tous les pays membres, le revenu par actif a augmenté sur dix ans, sauf aux Pays-Bas et au Royaume-Uni, où il a reculé. En France, sur dix ans, le revenu moyen s’est accru de 18%, mais il se dégrade depuis 1999. De plus cette évolution est largement due à la diminution du nombre de paysans.

La production de céréales a augmenté de 40 millions de tonnes, grâce à la hausse des rendements pour 20 millions de tonnes. L’équilibre du marché s’est fait grâce à l’alimentation animale, qui a considérablement augmenté sa consommation de céréales, grâce notamment à la hausse de la production de viande blanche. Une situation, qui n’est pas certaine de perdurer, les viandes blanches ayant peu de chances de poursuivre leur progression. En revanche et contrairement aux objectifs, la baisse des prix communautaires n’a pas du tout augmenté les exportations (10% de la production européenne soit 25 à 30 millions de tonnes). Selon les années, la moitié a pu se faire sans restitutions. Stables jusqu’en 2001 à 6 millions de tonnes, elles ont presque doublé à plus de 11 millions de tonnes en fin de campagne 2001-2002 avec l’essor des ventes ukrainiennes.

La production de viande bovine s’est stabilisée sous l’effet des mesures consécutives à la crise de la vache folle au Royaume-Uni, qui a valu le retrait du marché de 1.700.000 tonnes équivalent carcasse. L’équilibre du marché n’a été réalisé qu’à coup d’intervention, de retrait (jusqu’à 14% du marché), de destruction et d’achats spéciaux. La consommation s’effrite : elle est en retrait de 5% par rapport à 1999. La baisse des prix n’a pas été répercutée à la consommation.

Les enveloppes de développement rural sont très variables d’un état à l’autre. La France arrive en tête avec 760 millions d’euros, soit 17,5 suivie par l’Allemagne (16%), l’Italie (13,7%) et l’Espagne (10,6%). En France, les mesures agroenvironnementales (Contrats territoriaux d’exploitation) et les indemnités compensatoires de handicap naturel (ICHN) concentrent 2/3 des financements.

La production de vins s’est stabilisée autour de 20 à 25 millions d’hectolitres. Les parts de marché de la France et des autres pays productteurs européens tendent à reculer au profit des vins du nouveau monde.

Forte de ce bilan, les Chambres d’agriculture estiment que toutes les prévisions sont très aléatoires, qu’il est important de protéger le marché communautaire, les débouchés intérieurs étant « un réel enjeu » et mettent en garde contre la tentation de démanteler les Organisations communes de marché (OCM) garantes de la maîtrise de la production.

Source : Les Échos

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