Un saumon transgénique ouvre l’ère des « AGM », animaux génétiquement modifiés

Washington (États-Unis), 5 février 2003 – Il grossit deux fois plus vite, mange beaucoup moins, voici poindre le saumon transgénique qui inaugure l’ère de l’animal génétiquement modifié pour la consommation – un équivalent vivant de l’OGM – dont la commercialisation pourrait être approuvée aux États-Unis.

Après le feu vert, sa date d’arrivée sur l’étal du poissonnier est estimée à moins de deux ans. Après le saumon, la truite suivra, ainsi que d’autres poissons transgéniques dont la commercialisation fait l’objet d’une demande déposée devant l’Agence fédérale pour la sécurité alimentaire et pharmaceutique (FDA).

Le concepteur des poissons mutants est une petite société de Waltham dans le Massachusetts, dont les chances d’obtenir l’estampille de la FDA sont considérées comme sérieuses par les experts.

Pour parvenir à une accélération de la maturation de 200%, les chercheurs d’Aqua Bounty Farms ont pris un saumon de l’Atlantique auquel il ont ajouté le gène d’une protéine antigel (antifreeze protein ou AFP) provenant du tacaud, poisson comestible, de la famille des gadidés.

Les scientifiques ont lié ce gène à l’hormone de croissance du poisson, lui permettant de grossir même pendant les mois d’hiver, une saison pendant laquelle d’ordinaire, il prend peu de poids, selon Elliot Entis, président et co-fondateur de la société. « L’hormone de croissance est désormais produite toute l’année », explique-t-il.

La protéine antigel a aussi un effet accélérateur sur l’hormone de croissance au début du cycle de vie du poisson, ce qui expliquerait son rythme de développement extraordinaire, a-t-il précisé à l’AFP à Washington où il présentait les travaux de sa société.

Face aux risques de voir le gène modifié contaminer les autres poissons lors de la reproduction, les chercheurs proposent de ne commercialiser que des femelles transgéniques préalablement stérilisées, pour rendre impossible leur reproduction avec des poissons sauvages.

Ils soulignent aussi que les poissons transgéniques se développent plus vite, mais ne deviennent pas plus gros que les autres poissons d’élevage, ce qui ne devrait pas donner un avantage aux mâles transgéniques dans le processus de reproduction.

Ces poissons « pourraient être dans les assiettes américaines dans les deux ans », a convenu Michael Rodemeyer, directeur du groupe de recherche indépendant Pew Initiative on Food and Biotechnology, qui organisait une réunion sur le sujet au Congrès américain fin janvier.

« A ce stade, nous ne pouvons pas prévoir l’effet de l’introduction d’un transgène » dans la nature, a averti le professeur Eric Hallerman, spécialiste des biotechnologies animales.

Il minimise l’effet d’une telle modification génétique pour la consommation alimentaire humaine, car « la plupart des protéines et polypeptides sont cassés par la cuisson et la digestion ». Mais selon cet expert des questions de pêche, « il est probable que des poissons transgéniques vont s’échapper » et « le croisement avec des espèces sauvages pose un risque » pour la bio-diversité.

Pour le généticien Bill Muir, les chances d’Aqua Bounty Farms de convaincre la FDA dépendent « de données empiriques » sur leurs poissons « qui pourraient beaucoup aider leur dossier ».

Ils peuvent espérer une autorisation s’ils peuvent montrer que « les poissons génétiquement modifiés n’ont pas de valeur d’adaptation supérieure pour la viabilité, la reproduction ou la fertilité », a expliqué M. Muir, de Purdue University dans l’Indiana, dont les travaux font autorité en matière de recherche transgénique.

Le groupe de recherche Pew souligne pour sa part que les Etats-Unis manquent actuellement d’une structure pour examiner les risques posés par un tel poisson transgénique, ce qui force la FDA à le considérer comme un médicament et à le soumettre au même processus d’autorisation.

Source : AFP

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