Une vaccination contre la grippe aviaire serait difficile à mettre en oeuvre

Paris (France), 8 mars 2006 – Une vaccination massive des volailles contre le virus de la grippe aviaire serait difficile à mettre en oeuvre dans les élevages français, notamment pour des raisons économiques, en sus des réticences qu’elle suscite chez les spécialistes de la santé animale.

« La vaccination est peu compatible avec l’usage économique de certaines espèces, notamment le poulet », a estimé mercredi le directeur général de l’Organisation internationale de la santé animale (OIE) Bernard Vallat, qui était auditionné à Paris par la mission parlementaire sur la grippe aviaire.

Les poulets élevés pour la consommation humaine sont généralement sacrifiés au bout de 5-6 semaines pour la volaille standard et au bout de 8 semaines au minimum pour la volaille certifiée, a-t-on indiqué chez l’abatteur Duc.

Or le vaccin, qui a besoin d’un rappel, n’est effectif qu’au bout de six semaines après la première injection, a rappelé Philippe Vannier, directeur de la santé animale à l’Agence française de sécurité sanitaire des aliments (AFFSA). « Cela interdit son utilisation en urgence », a-t-il relevé.

De surcroît, les vaccins les plus efficaces utilisent un excipient huileux toxique. « Il faut attendre au minimum quatre semaines pour que cette huile minérale se résorbe » chez l’oiseau vacciné, a indiqué le Dr Vallat.

« Nos vaccins sont plutôt destinés à des oiseaux à la durée de vie plus longue: reproducteurs ou pondeuses », a reconnu Louis Egron, représentant du groupe néerlandais Intervet, l’un des deux fournisseurs de vaccins retenus par la France. Pour lui, l’injection miracle protégeant du virus H5N1 est « une image d’Epinal qu’il faudrait mieux oublier ».

La vaccination est aussi une opération lourde, car on doit procéder par injection. Vacciner tout le cheptel d’un gros élevage industriel peut durer plus de deux jours. Et comment être certain de ne pas avoir oublié un poulet ?

Les industriels travaillent à des vaccins buvables ou pulvérisables, plus faciles d’utilisation, mais ceux-ci reposeront sur des techniques de génie génétique et ne seront pas disponibles avant plusieurs années, selon Intervet.

Pour les autorités sanitaires, une vaccination massive des volailles pourrait en outre avoir des conséquences négatives pour les importantes exportations françaises de poulet. « Une certaine méfiance risquerait de s’installer envers les exportations françaises », craint le Dr Vallat.

Pour lui, « un pays qui vaccine, c’est un pays qui n’a pas confiance dans ses services vétérinaires ».

Pour l’OIE, la stratégie suivie par la France, de détection précoce et d’élimination des oiseaux malades, « est la plus efficace ». La vaccination n’est recommandée que « lorsque les lignes de défense ont été enfoncées ». Ce qu’on recherche alors n’est pas de protéger les poulets, à la faible valeur marchande unitaire, mais de stopper la propagation du virus.

Le danger de la vaccination est de masquer l’arrivée du virus dans un élevage, lui permettant de s’étendre sournoisement jusqu’au point où il sera plus difficile à circonscrire. Le virus H5N1 a au moins l’avantage d’être extrêmement virulent à l’état naturel, ce qui l’empêche de passer inaperçu.

Pour M. Vannier, il va falloir que les structures d’élevage, notamment celles spécialisées dans la production de volaille de plein champ, « évoluent en fonction de ce risque qui va devenir permanent ».

Source : AFP

Site(s) extérieur(s) cité(s) dans cet article :

Office international des épizooties (OIE)
http://www.oie.int/

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