Union européenne: la réforme de la pêche vire à l’affrontement

Bruxelles (Belgique), 24 septembre 2002 – Le premier examen par les Quinze du projet de réforme de la politique commune de la pêche (PCP) a viré à l’affrontement entre la Commission européenne et la France, marqué par des propos peu amènes de part et d’autre.

« Je ne suis pas un grand partisan des initiatives individuelles d’un ministre qui croit pouvoir se faire sa petite Union européenne à lui », a lancé devant des journalistes le commissaire européen pour la Pêche, Franz Fischler.

Dans une attaque très inhabituelle dans ce type de rencontre, le commissaire a reproché à la France de vouloir se « cacher » derrière d’autres Etats membres pour faire valoir son point de vue sur la réforme de la PCP.

Ce projet de réforme, destiné à parer à la raréfaction des stocks halieutiques, avait été présenté en mai par la Commission européenne. Les ministres européens de la Pêche avaient à l’examiner en détail pour la première fois mardi.

« A l’exception de la France, tous les Etats membres ont indiqué qu’ils étaient disposés à bouger et qu’ils pouvaient faire des concessions. La méthode visant du côté de la France à se cacher derrière cinq autres Etats membres me semble pour le moins surprenante », a poursuivi Franz Fischler.

Le Commissaire visait les « amis de la pêche » (Espagne, France, Grèce, Irlande, Italie, Portugal), qui désignent communément les pays membres opposés au projet de Bruxelles pour la PCP, et dont un texte de contre-propositions a été rendu public à l’issue de la réunion ministérielle.

Visiblement courroucée, la ministre danoise de l’Agriculture, Mariann Fischer Boel, dont le pays assure la présidence de l’Union, a exprimé son vif désappointement devant cette initiative.

Le texte des contre-propositions des « amis de la pêche », a-t-elle expliqué, venait de lui être remis en mains propres par le ministre français, Hervé Gaymard.

« C’est un drôle de comportement. Il aurait été bien plus franc et honnête de nous faire parvenir ces propositions comme une alternative. Ainsi, nous aurions pu en discuter alors que, maintenant, on en parle dans des petits cercles clos », a-t-elle lancé.

Les « amis de la pêche » expriment dans leur document leur attachement aux aides publiques, nationales ou communautaires, pour la modernisation de la flotte.

Dans son projet initial, la Commission prône la quasi-suppression des aides publiques pour la modernisation.

Les « amis de la pêche » dénoncent aussi les plans de gestion pluriannuels proposés par la Commission pour l’exploitation des ressources halieutiques. Les « amis de la pêche » considèrent ces plans comme trop contraignants, a-t-on expliqué de source européenne.

Franz Fischler a assuré que la Commission était prête à faire preuve de souplesse, invitant les Etats membres à faire de même.

La Commission européenne, a-t-il dit, est disposée à « envisager » un « traitement dérogatoire » pour les bâtiments de moins de douze mètres, autrement dit la flotte artisanale européenne.

Celle-ci, a précisé le Commissaire, représente la moitié des emplois dans le secteur de la pêche pour environ 10% des captures.

Selon une source proche de la présidence, Franz Fischler faisait allusion à une proposition danoise visant à accepter l’octroi d’aides publiques pour la modernisation de la flotte artisanale.

Hervé Gaymard a dénoncé pour sa part « l’approche très centralisée et hyper-bureaucratique » choisie selon lui par M. Fischler pour traiter le dossier de la réforme de la PCP. « Personne ne veut la mort du poisson, a-t-il ajouté. Il faut en finir avec les anathèmes et les visions globalisantes ».

Ces passes d’armes annoncent des négociations ardues les prochains mois. La Commission espère mettre en place la réforme de la PCP pour le début de 2003.

Source : AFP

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