Union Paysanne : enfin un moratoire un BAPE de 18 mois

St-Germain-de-Kamouraska (Québec), 13 juin 2002 – Les citoyens demandaient un MORATOIRE et un BAPE sur l’industrie porcine depuis au moins 8 ans. Les mobilisations massives de citoyens depuis un an et les interventions de leurs élus dans tous les coins du Québec, canalisées le plus souvent par l’Union paysanne, ont fini par convaincre le Gouvernement de mettre un point d’arrêt à la croissance sauvage de cette industrie et à ouvrir un débat public sur ses implications sociales et environnementales.

Ces consultations permettront de faire le lien avec l’ensemble des politiques et des pratiques agricoles, le financement agricole, la gestion de l’eau et des bassins versants, la démocratie locale et les pouvoirs d’aménagement des pouvoirs locaux.

Le moratoire qui s’appliquera pendant ce temps nous apparaît suffisamment substantiel pour éviter que ne se créent des situations irréparables, puisqu’il interdit toute nouvelle porcherie au Québec à moins qu’elle ne traite son lisier (ce qui n’est pas encore possible) et n’autorise que les agrandissements d’élevages existants dans des conditions assez contraignantes, surtout dans les municipalités en surplus dont le nombre passe à 286 puisqu’on à abaissé le seuil de 20kg à 0 kg de phosphore en surplus à l’hectare. Les 176 projets de nouvelles porcheries qui étaient en attente sont donc bloqués pour 18 mois, à moins qu’ils ne trouvent moyen de traiter leur lisier, après quoi ils devront se conformer au nouveau règlement. Ce temps d’arrêt évitera que ne se créent des situations irréparables.

Les nouveaux moyens dont disposera le Ministère de l’Environnement contribuent également à crédibiliser l’opération, à savoir 100 nouveaux inspecteurs, ce qui permettra de faire passer le nombre annuel d’inspections de 3000 à 12 000, et l’échange d’information sur les cheptels entre le Ministère de l’Environnement et la Financière agricole.

Quant au règlement permanent tel qu’adopté, l’Union paysanne s’y opposera et tentera de démontrer devant le BAPE que l’outil qu’il propose pour contrôler l’équilibre des sols est trop académique et en pratique inadéquat, inefficace et incontrôlable. À savoir des plans de fertilisation basés sur le seul bilan de phosphore, ferme par ferme et donc ne tenant pas compte du milieu global, secrets, dépendant de calculs, d’analyses et d’évaluations peu fiables, sous le contrôle d’agronomes payés par le producteur. Le rôle confié aux agronomes dans le contrôle de l’équilibre des sols et l’approbation des nouveaux projets, sous prétexte de responsabiliser les producteurs, nous apparaît une dangereuse privatisation du contrôle environnemental qui doit revenir à l’État.

Nous croyons que si nous voulons nous protéger efficacement de la pollution, des épizooties et de la dégradation des sols et du milieu dans son ensemble, il faut opter pour un outil de contrôle plus simple, plus objectif et plus contrôlable, à savoir une norme de densité animale à l’hectare (la norme d’une unité animale à l’hectare est universellement reconnue) et une reconversion à la gestion solide des fumiers.

D’autres éléments du règlement feront aussi l’objet d’examen et de représentations éventuelles au BAPE, notamment les distances de protection des cours d’eau (un mètre de tout fossé et 3 mètres des cours d’eau, pour tout fertilisant) et la période de remise en équilibre pour les terres en surplus (8 ans).

Les mesures et le règlement annoncés sont loin de tout régler mais ils ont l’avantage de fournir aux citoyens des outils pour ouvrir le débat sur une agriculture durable, c’est à dire qui remplit, en plus de ses fonctions économiques, des fonctions sociales et environnementales. L’Union paysanne entend s’atteler maintenant à cette tâche et elle invite tous les citoyens qui ont vaillamment manifesté leur opposition aux porcheries industrielles dans leur milieu à faire de même. « Si les citoyens n’avaient pas parlé comme ils l’ont fait à travers tout le Québec, nous affirmait le Ministre Boisclair, nous ne pourrions annoncer aujourd’hui ce que nous annonçons. Comme quoi la démobilisation politique des Québécois n’est pas toujours aussi vraie qu’on le prétend ».

Site(s) extérieur(s) cité(s) dans cet article :

La Financière agricole du Québec

http://www.financiereagricole.qc.ca

Ministère de l’agriculture des pêcheries et de l’alimentation du Québec (MAPAQ)

http://www.agr.gouv.qc.ca/

Ministère de l’Environnement du Québec

http://www.menv.gouv.qc.ca

Union Paysanne

http://www.unionpaysanne.com/

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