Vive la révolution!

La dernière grande révolution verte a eu lieu des années 1940 à 1970, avec la mécanisation de l’agriculture et l’utilisation généralisée d’engrais et autres intrants chimiques. Les rendements des cultures ont fait un immense bond en avant.

À quand la prochaine révolution verte? Le Dr George Lazarovits y travaille fort. Il est convaincu d’une chose : cette révolution viendra du sol.

Le Dr George Lazarovits - PHOTO : André Dumont

« La prochaine révolution verte émergera du développement de systèmes racinaires plus compétents et d’une meilleure compréhension des interactions dans le sol qui influencent la productivité des plantes », a expliqué ce chercheur la semaine dernière, lors d’une journée de conférences à Montréal organisée par Plant-Prod Québec.

Le directeur de la recherche chez A&L Biologicals à London, dans le sud-ouest de l’Ontario, a illustré aux quelque 250 producteurs présents à quel point la rhizosphère – l’univers souterrain dans lequel évoluent les racines des plantes – était à la fois complexe et méconnue. En comprenant mieux l’interaction entre les microorganismes du sol et les racines, on arrivera à réduire les besoins de fertilisations des plantes et à accroître leur tolérance aux stress environnementaux.

« On pourrait avancer que l’humanité en sait plus sur les confins de l’espace que sur les 15 premiers centimètres de sol qui supportent la plupart de la vie sur cette planète », a déclaré le Dr Lazarovits, citant un chercheur américain.

Préparez-vous à apprendre à connaître vos sols sous un tout autre jour que celui que révèlent vos analyses de sol. La présence d’éléments fertilisants dans le sol deviendra une donnée secondaire quand vous saurez que parmi les bactéries qui y prolifèrent, certaines sont particulièrement douées pour des tâches comme fixer l’azote.

Certains signes précurseurs de cette révolution sont déjà bien visibles. On parle de plus en plus d’inoculants, qu’ils soient bactériens ou fongiques. Le travail réduit du sol contribue lui aussi à rétablir la biodiversité des sols « fatigués », qui ne produisent qu’à grands coups d’engrais que les plantes utilisent assez peu efficacement.

Selon George Lazarovits, on aura bientôt identifié de nouveaux organismes, qui seront intégrés à des biofertilisants. Ceux-ci auront pour bienfaits de réduire les doses d’intrants chimiques tout en cultivant avec moins d’impact négatif sur l’environnement. La facilité avec laquelle on peut aujourd’hui séquencer l’ADN des bactéries permet déjà de dresser le profit bactérien de certains sols, afin de comprendre si la présence de certaines bactéries en influence la productivité.

D’une agriculture où le sol est d’abord analysé pour ses propriétés chimiques, on passera à une agriculture axée sur la biologie. La microflore et la microfaune qui vivent des exsudats des racines, ou qui se greffent carrément aux racines, comment dans le cas du soya, gagne à être connue.

Le Dr Lazarovits suggère que les sélectionneurs choisissent de plus en plus des variétés qui requièrent peu de fertilisation, qui développent des systèmes racinaires robustes et dont les rendements s’accroissent quand les bonnes bactéries font leur travail dans le sol. Il est possible, selon lui, de restaurer des sols, dans lesquels les microbes bénéfiques combattront les pathogènes, tout en aidant à la plante à mieux absorber l’azote et le phosphore.

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