Washington demande à Ottawa de l’appuyer devant l’OMC sur la question des OGM

Ottawa (Ontario), 20 janvier 2003 – Brandissant la menace de contester l’interdiction de l’Union européenne sur les produits génétiquement modifiés devant l’Organisation mondiale du commerce (OMC), les États-Unis tâtent maintenant le terrain auprès du Canada pour obtenir son appui sur cette question controversée.

Lors d’une discussion récente, le représentant américain au Commerce, Robert Zoellick, a formulé cette demande au ministre canadien du Commerce international, Pierre Pettigrew.

Selon des sources, des discussions semblables ont eu lieu entre des hauts fonctionnaires des deux pays afin que le Canada fasse équipe avec les Etats-Unis dans cette lutte commerciale. Ces informations ont été confirmées au bureau du ministre Pettigrew.

« Nous analysons actuellement les options en rapport avec une éventuelle contestation devant l’OMC », a indiqué un porte-parole du ministre du Commerce international.

Depuis 1998, les importations de produits génétiquement modifiés (GM) sont interdites dans les pays de l’Union européenne (UE). Par conséquent, le vaste marché européen demeure fermé pour les produits agricoles GM produits au Canada, en Argentine ou aux Etats-Unis, les trois principaux producteurs d’organismes génétiquement modifiés.

Ces démarches des Américains auprès du Canada surviennent au moment même d’une autre sortie en règle de M. Zoellick pour dénoncer cette politique européenne. En début d’année, le représentant américain employait des mots durs pour décrire l’interdiction, allant jusqu’à accuser les pays de l’UE d’être réfractaires aux nouvelles technologies.

« Je crois que (le moratoire) s’est établi à l’aide de tactiques alarmistes, et je crois qu’il est nuisible à l’économie mondiale et au développement », déclarait Robert Zoellick aux médias, il y a deux semaines. Il reprenait ainsi des propos déjà véhiculés au cours des années antérieures.

Le gouvernement canadien a des opinions similaires à celles de son voisin sur cette question. Bien que les sondages démontrent qu’une forte majorité de la population souhaiterait savoir où se cachent les OGM, Ottawa conserve sa politique d’appui aux biotechnologies et refuse de mettre en oeuvre une politique d’étiquetage obligatoire sur les aliments GM.

L’embargo européen, qui touche surtout les céréales canadiennes, a régulièrement été soulevé lors de rencontres bilatérales. « Le premier ministre, le ministre Pettigrew ainsi que d’autres ministres ont fait des représentations à ce sujet à maintes reprises », fait-on valoir au bureau du ministre Pettigrew.

« Il est très frustrant de constater que l’UE s’entête à poursuivre le moratoire alors qu’il n’y a pas de raisons scientifiques sur lesquelles elle peut s’appuyer », a ajouté ce porte-parole du ministre.

La Commission européenne espère être en mesure de lever le moratoire, au coeur de la querelle, une fois qu’elle aura adopté les nouvelles règles d’étiquetage très strictes, soit d’ici la fin de l’année. Certains pays de l’UE, la France par exemple, estiment toutefois que le retrait de l’embargo ne devrait se faire qu’une fois l’assurance que les règles d’étiquetage sont effectivement appliquées.

Au Canada, les plus récents sondages démontrent que près de 86 pour cent de la population souhaite un étiquetage obligatoire des aliments GM. Au Québec, cet appui se situe à 90 pour cent.

Selon une enquête de Statistique Canada réalisée l’an dernier auprès de plus de 8000 agriculteurs, presque le tiers du maïs et le quart du soja récoltés au Canada provenaient de semences GM. Outre ces céréales, le Canada produit aussi des pommes de terre, des tomates, du canola et du coton GM.

Source : PC

Site(s) extérieur(s) cité(s) dans cet article :

Statistiques Canada

http://www.statcan.ca/francais/search/index_f.htm

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