Zimbabwe : vingt-quatre fermiers blancs arrêtés

Harare (Zimbabwe), 16 août 2002 – Vingt-quatre fermiers blancs ont été arrêtés, selon un syndicat, et six ont comparu devant un tribunal au Zimbabwe pour ne pas avoir respecté l’ordre d’évacuation de leurs terres lancé par le gouvernement, qui a affirmé avoir « perdu patience » face aux fermiers récalcitrants.

Mark Crawford, responsable du Syndicat des fermiers commerciaux (CFU) pour la province du Matabeleland (sud-ouest) a déclaré à l’AFP que ces fermiers avaient été arrêtés lors des deux derniers jours, pour avoir ignoré l’ordre d’évacuation de leurs exploitations agricoles lancé le 8 août par le gouvernement.

M. Crawford, qui fait partie des 24 fermiers interpellés, a affirmé que six d’entre eux avaient comparu devant un tribunal vendredi mais ont été libérés après que leur jugement eut été reporté au mois prochain.

Cinq fermiers ont comparu vendredi devant un tribunal de Gwanda (sud-ouest), qui a renvoyé l’affaire au mois prochain, tout en permettant aux cinq fermiers de rester sur leurs terres jusqu’à cette date.

Le sixième fermier, arrêté jeudi comme les cinq autres, a comparu devant le tribunal de la ville de Filabusi et a été mis en liberté provisoire jusqu’au 3 septembre, selon la radio d’Etat.

S’ils sont déclarés coupables, ces fermiers encourent une peine de deux ans de prison ou une amende de 20.000 dollars zimbabwéens (364 dollars américains).

L’organisation de fermiers Justice pour l’agriculture (JAG), a indiqué que la plupart des fermiers arrêtés pour être interrogés puis relâchés, étaient originaires des districts de Nyamandlovu et Plumtree, près de la deuxième plus grande ville du pays, Bulawayo.

« Nous sommes fondés à penser qu’un signal a été envoyé à la police (…) lui demandant d’arrêter tout fermier ayant violé la section 8 (sur l’ordre d’évacuation) », a déclaré la porte-parole du JAG.

La majorité des fermiers blancs, ayant reçu l’ordre de quitter leurs exploitations le 8 août, (1.600 selon le gouvernement, 2.900 selon le CFU, le Syndicat des fermiers commerciaux), sont restés sur leurs terres.

Le gouvernement zimbabwéen a quant à lui affirmé qu’il allait prendre dans les prochains jours, des mesures plus sévères à l’encontre des fermiers qui refusent de quitter leurs terres, et qui menacent de « faire avorter » la réforme agraire du pays.

Le ministre zimbabwéen de la Décentralisation, Ignatius Chombo, a déclaré que le gouvernement avait « perdu patience » devant les fermiers récalcitrants, affirmant que « le temps est venu d’agir », rapporte le quotidien gouvernemental The Herald.

« Nous ne pouvons pas leur permettre d’exercer un chantage sur tout le pays alors que les bénéficiaires de la réforme agraire sont censés se préparer pour la prochaine saison », a poursuivi le ministre.

L’organisation Justice pour l’agriculture a affirmé que des fermiers installés dans d’autres régions du pays avaient reçu l’ordre de quitter leurs propriétés à la fin de la journée de vendredi sous peine d’être arrêtés.

« Des communications reçues depuis les provinces du Mashonaland-centre et est ont rapporté que des groupes de personnes –dont des policiers, des vétérans de la guerre et des responsables du ministère de la Terre– avaient rendu visite à des fermiers, leur indiquant qu’ils devaient avoir quitté leur exploitation à 15H00 GMT ou qu’ils risquaient d’être arrêtés », a affirmé la JAG dans un communiqué.

Mercredi, Terry Hinde et sa famille a été le premier fermier blanc à quitter la ferme qu’il exploitait depuis 27 ans au nord-est de Harare, sous la pression de militants pro-gouvernementaux.

Vendredi, la JAG a rapporté qu’un autre fermier, Mervyn Jellyname, était en train d’être expulsé de son exploitation à Chegutu (100 km à l’ouest d’Harare), « par un contingent de l’armée, la police et de vétérans de la guerre d’indépendance ».

Par ailleurs, le Foreign Office a annoncé que des Britanniques avaient été récemment refoulés, le dernier d’entre eux jeudi, à leur atterrissage à l’aéroport de Harare, et qu’il avait demandé des explications aux autorités zimbabwéennes.

Source : AFP

Commentaires