J’ai franchi le Mississippi

Sur une route de campagne, à Manchester, Iowa. Photo : André Dumont

Je suis parti aujourd’hui de Milwaukee, sur le lac Michigan, et j’ai traversé le Wisconsin sur toute sa largeur. Un périple de 263 milles. Ça l’air de rien, mais c’est quand même un bon 420 km.

Le Wisconsin, c’est « America’s Dairyland ». Le terrain est légèrement accidenté, ponctué de bâtiments de ferme rouges « sang de bœuf » et de silos à flanc de coteau. On voit souvent les vaches laitières à l’extérieur.

J’ai voulu faire une petite incursion  sur une route de campagne du Wisconsin, question de m’approcher des fermes. J’ai pris une sortie à Platteville, une petite ville sur la rivière Platte. La suite de l’histoire est plutôt plate.

J’ai abouti dans un complexe de magasins grandes surfaces. Les premières fermes étaient à 500 m derrière. Entre les deux, les rues neuves d’un développement résidentiel ne comptant encore aucune maison, récession oblige. Aucune de ces foutues rues ne débouchait sur les routes de terre de l’arrière-pays, celles où passent les vieux pick-ups en soulevant la poussière derrière eux.

Je me suis découragé et pour me consoler, je suis entré visiter le magasin de matériaux de rénovation Menards, deux fois plus gros que le plus gros Réno-Dépôt que vous ayez jamais vu.

Quelque 25 milles plus tard, je franchissais le Mississippi à Dubuque et entrais en Iowa. La vue du fleuve paresseux, ses ponts en acier rouillé et ses bateaux à aube transformés en casinos flottants m’ont causé un petit moment d’émotion. Je pénétrais dans cette autre Amérique, celle d’un fleuve mythique, du grenier d’un continent. Le Midwest et le Bible Belt, c’est quelque part par ici.

Dans certains champs de l'Iowa, le maïs dépasse déjà la hauteur du genou. Photo : André Dumont

En Iowa, les silos à ensilage se font désuets pour faire place à des silos à grain scintillants. Le terrain est moins accidenté. Résolument, nous sommes en pays de grandes cultures. J’ai pris le temps de débarquer de l’autoroute et de faire lever la poussière derrière ma voiture, avant de trouver quelques champs à photographier.

Noms français
À force de voir des noms français partout, je deviens obsédé. Ma petite recherche m’indique que Julien Dubuque fut le premier Européen à s’établir en Iowa pour y exploiter une mine de plomb vers 1788.

Le nom de Marquette est partout. Le père Jacques Marquette a exploré une partie du Mississippi avec Louis Joliette. La plus importante université du Wisconsin porte son nom. Ce soir, mon hôtel est sur le chemin Laporte. La ville voisine s’appelle La Porte City.

Je me demande si les gens de l’Iowa connaissent l’histoire française de leur région. La vallée du Mississippi a d’abord fait partie de la Nouvelle-France, avant de devenir britannique, puis américaine.

Au bureau de tourisme de l’Iowa, j’ai demandé s’il existait de la documentation sur les noms de lieux français ou les sites historiques liés à la présence française. La responsable des relations avec les médias m’a gentiment répondu n’avoir jamais reçu une telle demande. Et le gars du ministère de la Culture qu’elle m’a référé ne m’a jamais rappelé.

Demain matin, je rencontre le producteur Clay Mitchell. Il vient de recevoir un stagiaire de France qui ne parle pas anglais. Il m’a demandé de servir d’interprète. Tiens, tiens, il y a 250 ans, on demandait le même service aux coureurs des bois et aventuriers canadiens-français, qui connaissaient les langues indiennes et guidaient les explorateurs jusqu’aux Rocheuses ou à l’embouchure du Mississippi.

Le soya, comme le maïs, est semé la plupart du temps en semis direct. Photo : André Dumont

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