Le retour de l’eau chaude

Publié dans Le Bulletin des agriculteurs de septembre 2010

Avec un chauffage à l’eau chaude, les poussins ont plus de confort. L’air est plus sec et contient moins d’ammoniac. Et pour l’éleveur, les économies sont au rendez-vous.
par Marie-Josée Parent, agronome

Il y a quelques décennies, le chauffage au propane prenait d’assaut les poulaillers. Exit les systèmes à l’eau chaude ! Mais voilà que ce type de distribution de chaleur fait un retour dans les élevages de poulets à griller. Rien à voir cependant avec ce que vous avez peutêtre déjà connu ! Maintenant, l’eau est réchauffée dans une bouilloire alimentée par de la biomasse. Les tubes radiants et les aérothermes respectent les dernières connaissances en matière de mouvement de l’air. Et le fonctionnement de tout cela est contrôlé par informatique.

Il faut être éleveur de poulets soi-même pour penser prendre un système existant dans les serres et l’adapter à un poulailler. C’est le cas de Bruno Loranger, propriétaire de Volailles Bruno Loranger, à Saint-Jean-de-Matha, dans Lanaudière. « Comme gestionnaires, on veut toujours augmenter les profits et diminuer les coûts, raconte l’éleveur. Nous avons réussi à réduire le temps d’homme. Nous avons économisé sur la litière. L’élément sur lequel il nous restait du pouvoir, c’était le coût de chauffage. » Bruno Loranger s’est tourné vers la bouilloire de Chauffage Éconoserres, de Saint-Gilles-de-Lotbinière, pour qui il est devenu représentant. C’est tout un concept que Bruno Loranger et Chauffage Éconoserres ont développé. La bouilloire permet l’utilisation de la biomasse de son choix : sciure, planure, copeau, bois recyclé, sec ou humide. Ces matières sont alimentées automatiquement dans la bouilloire à l’aide d’une vis sans fin. Dès que la bouilloire a besoin de combustible, les grattes et la vis sans fin s’actionnent sans nécessiter l’intervention humaine. Les cendres sont retirées de la bouilloire graduellement, toujours de façon automatique.

Mais tout cela est connu depuis des années dans le domaine des serres. La grande nouveauté est l’installation dans un poulailler. L’eau chaude est distribuée par deux tubes radiants, un pour chaque zone de chauffage. Une zone de chauffage équivaut à la moitié de la longueur du poulailler. Le chauffage, les entrées d’air et les ventilateurs de chaque zone sont contrôlés électroniquement. Le tube radiant est installé du côté des entrées d’air. Ainsi, une partie de la chaleur du tube monte vers le plafond où elle réchauffe l’air entrant. L’air froid est plus lourd, mais puisqu’il se fait réchauffer, il n’a pas tendance à retomber immédiatement sur les oiseaux. Ce n’est que plus loin dans la bâtisse qu’il redescendra vers le plancher.

Le tube radiant à ailettes est doté d’un déflecteur perforé placé au-dessus du tube. Le déflecteur dirige la chaleur vers les oiseaux comme les couveuses au propane. Les trous dirigent une partie de la chaleur vers le plafond pour réchauffer l’air entrant avant qu’il redescende vers les oiseaux. En périodes de grands froids, un chauffage d’appoint, un aérotherme avec ventilateur, dirige la chaleur vers l’habitacle. Encore une fois, la chaleur provient de l’eau chaude.

Air sec
Avec un tel système, l’air ambiant est plus sec qu’avec un chauffage au propane. Il contient aussi moins d’ammoniac. « J’obtiens un plus faible taux de condamnation et une meilleure conversion alimentaire », explique Bruno Loranger. La litière étant plus sèche, les oiseaux présentent moins de maladies de pattes qui se répercutent en moins de parties de carcasse condamnées à l’abattoir. « J’ai régulièrement moins de 1 % de condamnations, alors qu’avant, si j’en avais 1,5 %, j’étais heureux », raconte l’éleveur.

Derrière la maison de Bruno Loranger, un seul poulailler est alimenté avec sa bouilloire, mais sous peu, un deuxième poulailler sera construit et ajouté. La bouilloire est disponible en différents formats, selon le nombre de poulaillers à chauffer. La bouilloire de Chauffage Éconoserres permet des économies intéressantes, de 70 à 80 % rapporte le dépliant promotionnel. « Cette machine-là permet d’utiliser des produits dont le prix varie entre 30 et 80 $/tonne, explique Bruno Loranger. Ça me permet de ne pas me limiter dans le choix du combustible. » À ce prix, les produits sont des résidus de bois de scierie ou de fabrication de meubles. En général, plus le prix est élevé, plus le combustible est sec et plus le rendement de chauffage est élevé. En comparaison, les granules sont dispendieux : près de 150 $/tonne l’été et près de 250 $/tonne l’hiver. Le faible coût de chauffage permet à Bruno Loranger de faire entrer plus d’air dans le poulailler.

Foi d’utilisateur
Le producteur de poulets André Morin de la ferme Chair de poule, de Saint-Gabriel-de-Brandon, dans Lanaudière, s’est installé de la sorte en janvier dernier. « Je n’ai pas fait un an encore avec le système, mais à ce jour, c’est parfait, dit-il. C’est même extraordinaire parce qu’il n’y a pas de dégagement d’humidité et d’ammoniac. » André Morin fait remarquer que ces aspects sont particulièrement intéressants durant la semaine d’arrivée des poussins. Ceux-ci ont besoin de chaleur, mais en raison des dégagements de gaz causés par la présence du propane, il faut ventiler plus. Avec le chauffage à l’eau chaude, tant que les oiseaux n’en dégagent pas trop, pas besoin de ventiler beaucoup.

« La beauté de la chose, c’est le confort des oiseaux », explique André Morin. Puisque le chauffage est moins dispendieux, il est possible de ventiler davantage quand les oiseaux sont plus vieux. Cependant, André Morin ne peut encore avancer de coûts d’utilisation ou d’économies réalisées, mais il croit qu’économies, il y a. André Morin utilise sa bouilloire sur deux poulaillers et une dindonnière. Deux poulaillers s’ajouteront sous peu. Bruno Loranger refuse de donner un coût du système par ferme parce qu’il dépend de plusieurs facteurs, comme le système choisi, le nombre de poulaillers et le combustible utilisé. Très peu de fermes ont été installées ainsi depuis deux ans, quatre en fait, mais les avantages devraient en favoriser d’autres.

Description des photos
Les photos sont publiées dans le magazine imprimé
1. Les tubes radiants sont situés du côté des entrées d’air pour permettre de réchauffer rapidement l’air en se mélangeant avec l’air chaud qui a tendance à monter.
2. Bruno Loranger s’est tourné vers le système de bouilloire de Chauffage Éconoserres pour sa flexibilité et sa fiabilité.
3. La grosse boîte grise est l’aérotherme, le chauffage d’appoint. Celui-ci est muni d’un ventilateur et pousse l’air chaud en période de grands froids. Les tuyaux oranges sont les conduits d’eau chaude.
4. Les tubes radiants sont munis d’ailettes. Le déflecteur est muni de trous pour favoriser le chauffage vers le haut. Cette photo a été prise dans l’atelier de montage.
5. La biomasse est entreposée dans un dôme. Les quatre grattes que l’on voit tirent le combustible vers la vis sans fin qui le dirige vers la bouilloire. Tout est automatisé.

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