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Planifier sa dernière coupe automnale

expert fourrager v5L’été tire déjà à sa fin et chacun doit réfléchir à sa stratégie de coupe d’automne. Pour vous aider à y voir plus clair, voici quelques observations de mi-saison à travers les territoires du Québec.

Dans Lotbinière, la troisième coupe s’est achevée tôt et plusieurs se questionnent sur l’opportunité d’une 4e coupe. La prise de décision doit prendre en compte plusieurs objectifs contradictoires : Quel est l’état des stocks de fourrages ? Quel est le risque de mortalité hivernale ? Considérez aussi que la coupe d’automne est généralement de haute qualité. De plus, elle permet d’enlever les résidus en prévision de la prochaine récolte du printemps.

Selon une étude de l’Université du Wisconsin, l’impact des résidus sur la qualité fourragère au printemps suivant serait une baisse de 0,7% en protéine brute et une augmentation de 2,9% en fibre NDF*.

À l’automne, un des défis est d’ajuster autant que possible la hauteur de coupe à 5 pouces (13 cm) afin de laisser un couvert dit « attrape-neige ». L’autre point important est d’attendre pour faucher la gelée mortelle afin que la luzerne emmagasine le maximum de réserves pour bien passer l’hiver.

Pour ceux dont la cédule de 3e coupe est décalée vers le mois de septembre et qui ne pourront respecter le repos automnale de six semaines, il faudrait prévoir laisser la luzerne fleurir au moins une fois dans la saison.

Ainsi, nous avons le choix entre la qualité, le rendement ou la pérennité. Viser uniquement la qualité pénalisera le rendement et la pérennité. À l’inverse, viser un rendement maximum se ferait au détriment de la qualité. Par conséquent, il faut être conscient qu’il y a un côté positif et un revers à nos choix de régie.

Nous devons donc clairement définir nos priorités et appréhender les risques en conséquence. Bien souvent, nous essayons de trouver un compromis entre ces trois objectifs contradictoires.

Si nous descendons dans le Bas-Saint-Laurent, la sécheresse a affecté sérieusement la deuxième coupe dans la région de Rimouski (de Trois-Pistoles à Métis-sur-Mer). Heureusement, la 3e coupe semble meilleure. Dans les nouvelles implantations, les jeunes plantules de graminées ont été durement affectés : le mil, les bromes et les fétuques sont sous-représentés dans les mélanges de légumineuses. Certains producteurs envisagent donc de sursemer des graminées dès la récolte des céréales engrainées.

Ailleurs au Québec, le climat a été plus favorable et des échanges commerciaux de foin pourront combler les manques du Bas-Saint-Laurent.

Pour terminer, en Nouvelle Beauce, nous observons que les rendements de la 3e coupe sont bien supérieurs à ceux de la 2e coupe. Encore une fois, le défi réside dans la régie automnale et j’en profite pour rappeler l’importance d’un apport en potasse (K) pour la survie des légumineuses. Si dans l’année, vous avez récolté 7 T ms/ha, vous avez prélevé 190 unités de K. Or, dans le meilleur des cas, on aura apporté environ 40 unité de K sous forme d’engrais minéral ou organique à la 1e et 2e coupe. Après la troisième coupe, si l’on apporte de la potasse pour environ 70 unités de K, on aura comblé au total seulement 110 unités.

En résumé, n’oubliez pas que la potasse contribue à la fois au rendement, à la qualité et surtout à la survie à l’hiver, trois facteurs si difficiles à concilier…

* Données publiées par Mark Rankin, Université du Wisconsin-Extension, 1990

Texte de Dominique Jobin, technologue, directeur régional Québec nord-est, et Benoît Fradin, conseiller culture, William Houde, réalisé en collaboration avec le Conseil québécois des plantes fourragères (CQPF) : http://www.cqpf.ca/.

 

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