Un pis en santé, c’est payant $

Publié dans Le Bulletin des agriculteurs d’octobre 2010

Le Québec laitier tout entier s’attaque à la qualité du lait. Pour y arriver, il faut miser sur un pis en santé.
par Marie-Josée Parent, agronome

Il y a de l’argent qui dort dans les troupeaux laitiers du Québec. Et ce potentiel de profit se trouve dans la santé du pis. La mammite est la maladie la plus coûteuse de l’industrie laitière, en raison principalement de la baisse de production. Même sans observer de mammite clinique, la présence d’un comptage de cellules somatiques (CCS) élevé abaisse la production laitière. Plus ce comptage est élevé, plus l’animal a dû combattre des agents infectieux qui se sont introduits dans le pis.

Or, le comptage des cellules somatiques des troupeaux québécois est le plus élevé au pays (voir graphique p. 20) en plus d’être très variable d’un troupeau à un autre. Certaines entreprises sont parmi les meilleures au pays, alors que d’autres remontent la moyenne provinciale de façon importante. La présence d’agents infectieux plus contagieux au Québec que dans l’Ouest explique en partie la différence de CCS, mais cette distinction préoccupe tout de même les intervenants du secteur laitier québécois. Depuis deux ans, ils ont choisi de se regrouper et de monter un plan d’action afin de militer pour la qualité du lait et la santé du pis. Formation, documentation et primes sont au menu.

Encadré : Questions d’économie

1. Combien vais-je économiser si je réduis mon CCS de 400 000 à 200 000 par ml ? Gain de production : 238 kg/vache/lactation Prix du lait moins les frais de transport et de mise en marché : 48 $/hl Économie par vache : 238 kg X 0,48 $/litre = 114 $ (en supposant que 1 kg de lait = 1 litre) Économie pour un troupeau de 100 vaches : 11 400 $

2. Combien vais-je économiser si je réduis mon CCS de 200 000 à 100 000 par ml ? Gain de production : 238 kg/vache/lactation Économie par vache : 114 $
Source : Jérôme Carrier, 33e Symposium sur les bovins laitiers

Prime à la qualité du lait

À compter de cet été, une prime à la qualité du lait de 0,50 $ par hectolitre remise par la Fédération des producteurs de lait incite les producteurs à diminuer le comptage de bactéries totales et de cellules somatiques du lait de leur troupeau. Le comptage maximum actuel de 40 000 bactéries totales (BT) et de 300 000 cellules somatiques par millilitre (CS/ml) sera graduellement diminué jusqu’à 20 000 BT et 200 000 CS/ml le 1er août 2012 afin d’avoir droit à la prime (voir encadré p. 22).

La grande majorité des vaches saines ont un CCS audessous de 100 000 et même souvent sous les 50 000. Le potentiel est donc là. « Il y a des pays qui ont des moyennes dans les 150 000 et qui produisent dans le même contexte de production que nous », ajoute le vétérinaire Michel Donnelly, président de l’Association des médecins vétérinaires praticiens du Québec (AMVPQ). « Les gens vont goûter à la prime la première année et s’ils veulent continuer de la recevoir, ils vont devoir continuer de s’améliorer », croit le vétérinaire Jean Durocher, coordonnateur de la santé des troupeaux laitiers pour Valacta.

De plus, les producteurs détenteurs d’un certificat LCQ (Lait canadien de qualité) ont droit à une prime de 0,50 $/hl depuis le 1er août dernier. De surcroît, le seuil du CCS sera de 400 000 le 1er août 2011. Ainsi, les producteurs auront tous les incitatifs pour les stimuler à produire un lait de qualité. L’élément central demeure toutefois la prime à la qualité du lait. « La prime seule n’est pas garante du succès, explique Jean Durocher. Il faut donc qu’il y ait une concertation entre tous les intervenants. »

Durant la dernière année, une trentaine de vétérinaires, 108 intervenants et 2043 producteurs ont suivi la formation dispensée par l’AMVPQ en collaboration avec Valacta, la Faculté de médecine vétérinaire et le Réseau canadien de recherche sur la mammite bovine.

Boîte à outils
Pour améliorer la santé du pis, il faut revenir à la base des techniques de traite et du système de traite. Divers outils préparés par le Réseau canadien de recherche sur la mammite bovine viennent appuyer cette démarche, autant pour les vétérinaires que pour les producteurs.

La Trousse vétérinaire Tactic santé du pis est une adaptation québécoise d’un outil développé aux Pays- Bas. « Nous voulions d’abord outiller les vétérinaires parce que ce sont les premiers intervenants, explique la chargée de projets Hélène Poirier du Réseau canadien de recherche sur la mammite bovine. On veut qu’ils soient les leaders. » La trousse présente une démarche en cinq points : 1- évaluation, 2- traitement, 3- pression d’infection, 4- traite, puis finalement, 5- résistance et période de transition. Elle est présentée sous forme de cartable et d’une clé USB. Une version anglophone sera disponible cet automne, autant au Québec que dans le reste du Canada.

Des fiches illustrées plastifiées ont été distribuées aux producteurs qui ont suivi la formation et elles sont vendues sur demande. Les fiches sont également disponibles gratuitement sur le site du Réseau (www.reseaumammite.org). On y retrouve aussi des vidéos.

Encadré : Prime à la qualité du lait de 0,50 $ par hectolitre

  • 1er août 2010 au 31 juillet 2011 : maximum de 40 000 bactéries totales (BT) et 300 000 cellules somatiques par millilitre (CS/ml)
  • 1er août 2011 au 31 juillet 2012 : maximum de 30 000 BT et 250 000 CS/ml
  • À compter du 1er août 2012 : maximum de 20 000 BT et 200 000 CS/ml

Source : Laitb’do, 9 juillet 2010

Améliorations
Pour Luc Lapointe de la ferme qui porte son nom à Jonquière, au Saguenay, la formation est arrivée au bon moment. « J’avais quelques problèmes de CCS variable et je cherchais la cause de tout ça », explique-t-il. Autre stimulant : la prime l’intéressait.

Producteur depuis une vingtaine d’années, Luc Lapointe a tout de suite adopté certains changements. « Par exemple, j’utilise maintenant deux serviettes de papier, je fais le premier jet, j’essuie comme il faut le bout des trayons, j’utilise la tasse filtre et je respecte le temps d’attente avant de poser la trayeuse. » Avec l’aide du vétérinaire, aucun détail n’a été laissé au hasard. « Il n’y a pas de recette miracle, dit-il. Si tu veux améliorer la santé du pis, il faut améliorer plusieurs petits points. »

Le résultat est concluant. La moyenne de CCS était de 270 000. Après quelques mois à peine, le CCS est descendu sous les 200 000. Le producteur n’a pas observé d’augmentation de la production de lait, mais il en jette moins qu’avant. Les cas de mammite à traiter ont diminué.

Luc Lapointe a été motivé par la prime, mais selon Michel Donnelly, il y a beaucoup plus d’argent à faire avec l’augmentation de production liée à la baisse du CCS, qui est cependant plus difficile à visualiser. Pour vous en convaincre, allez voir l’encadré Questions d’économie p. 20. Il est inspiré d’une présentation du vétérinaire Jérôme Carrier de l’AMVPQ. La santé du pis pourrait être un investissement plus rentable que vous ne le croyiez.

Pour plus d’informations : www.reseaumammite.org (cliquez sur « Mammite – ressources en ligne », puis sur « Boîte à outils »)

Description des photos
Les photos sont publiées dans le magazine imprimé
1. Vous n’avez pas fini d’entendre parler de la santé du pis de vos vaches. Des ateliers spécifiques sur différents aspects de ce sujet devraient être offerts près de chez vous prochainement.
2. Combien d’argent peut-on économiser en abaissant le CCS dans un troupeau ? Réponse : beaucoup !
3. Graphique : Comptage des cellules somatiques (CCS) moyen pour les plus importantes provinces productrices de lait au Canada pour 2010

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