Une «Brésilienne» fixe l’azote

Tout comme l’habit ne fait pas le moine, la taille d’un organisme ne permet pas de juger l’étendue de ses capacités. Une bactérie d’origine brésilienne, Azospirillum Brasilense, en est un exemple. Elle s’associe aux racines des plantes et laisse présager une économie d’engrais azoté. Or, contrairement au moine, elle a ses humeurs et ses ratés !

D’abord utilisé dans les plantations de canne à sucre au Brésil, Azospirillum a suscité de l’intérêt sur la plupart des surfaces agricoles du monde. Gabriel Weiss, agronome au club agroenvironnement de l’Estrie, a découvert la bactérie lors de ses études de l’agronomie en Argentine et l’a introduite chez nous, il y a trois ans. Graminante est l’ino- culant mis à l’épreuve pour les cultures de blé, de maïs-grain et de maïs à ensilage. Le canola a également été placé sur les bancs d’essai, cette fois avec un inoculant connu sous le nom de Fertilante. La bactérie permet- trait alors la fixation de 50 kg/ha d’azote par la plante.

Échanges sous le microscope

Le phénomène se produit dans la rhizosphère, ce qui correspond à la partie du sol entou- rant les racines, lieu où se produisent les échanges entre les racines et les microorganismes. Dans cette zone, des échanges subtils se produisent entre la plante et les microorganismes du sol. La bactérie Azospirillum produit une phytohormone, l’acide indole-3 acétique, qui stimule la croissance de la plante lorsqu’elles s’associent. Cette phytohormone accomplit le rôle de régulateur de croissance. Ainsi, le mariage entre les racines et la bactérie Azospirillum permet- trait une augmentation du volume racinaire de l’ordre de 30 à 40 %, selon Gabriel Weiss. Le nombre de radicelles de la plante augmenterait et son système racinaire arriverait à puiser davantage d’eau et de minéraux grâce à l’expansion de son réseau.

De plus, la réduction de l’utilisation des engrais azotés de synthèse, même partielle, entraînerait une diminution des gaz à effet de serre. Il est estimé que l’utilisation de l’azote agricole produit entre 3,3 et 6,6 kg de CO2 par kilogramme d’azote. L’énergie nécessaire à la fabrication d’une livre d’azote est de 24 660 BTU. Un BTU (British Thermal Unit) se traduit par 0,2931 watt-heure ou 1,055 kilo- joules.

Du microscope au champ

Les résultats en laboratoire, effectués par Dr Danielle Prévost d’Agriculture et Agroali- mentaire Canada, confirment ce qui a été observé au champ par deux agronomes, Gabriel Weiss et Louis Robert du MAPAQ. Dans les deux cas, les résultats sont variables en fonction des conditions auxquelles est confrontée la bactérie Azospirillum. Toutefois, Gabriel Weiss a obtenu, lors d’essais effectués chez des producteurs, des augmentations de rendements dans le maïs de 12,6% et 16,8% en 2008 et 2009 respectivement. De son côté, Louis Robert a obtenu, pour une première année d’essai, en 2010, des augmentations de rendement plus modestes pour la même culture.

Le maïs offrait, par rapport au témoin non fertilisé, un rendement supérieur de 5,7 %, lorsqu’inoculé. Alors que le maïs, fertilisé à 70 kg de N/ha et additionné de l’inoculant, donnait une augmentation de rendement de 2,1 % par rapport à la parcelle fertilisée avec seulement 70 kg de N/ha.

Ces deux agronomes s’entendent sur le fait que les parcelles inoculées ont atteint le stade de maturité plus hâtivement que celles non inoculées, et ce, pour toutes les cultures mises en observation, c’est-à-dire, le blé, le maïs, l’avoine et le canola.

Gravir les marches de la mise en marché

Actuellement, aucun inoculant d’Azospirillum n’est disponible pour les producteurs de chez nous. Par contre, une entreprise canadienne a manifesté son intérêt pour commercialiser un tel inoculant et sou- haite voir son produit sur les tablettes d’ici 2012. Toutefois, afin d’obtenir un produit performant et constant, des recherches plus poussées devront être effectuées, notam- ment sur les souches indigènes d’Azospirillum. « Jusqu’à maintenant, un seul produit a été étudié au Québec, souligne Danielle Prévost. Il faudra poursuivre les recherches afin d’établir un standard. »

Comme le produit se vend environ 15 $/ha en Argentine, l’incorporation de la bactérie Azospirillum au champ représente une assurance peu coûteuse. Le pire qui puisse arriver, c’est qu’il y ait peu d’augmentations de rendement.

*Article rédigé par Eve Cayer.

*À noter que cet article n’est pas complet. La version intégrale est publiée dans Le Bulletin des agriculteurs, édition février 2011.

à propos de l'auteur

Journaliste et rédactrice en chef adjointe

Marie-Claude Poulin

Marie-Claude Poulin est journaliste et rédactrice en chef adjointe au Bulletin des agriculteurs.

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