Vendre maintenant ou entreposer ?

À la lumière des données existantes, il serait profitable d’entreposer du maïs, mais plus risqué de miser sur le soya.
Publié dans Le Bulletin des agriculteurs de janvier 2011

par Jean-Philippe Boucher, agronome, M.B.A.

Comme les prix des grains ont connu des valeurs particulièrement élevées au cours de la récolte, il est très tentant d’espérer obtenir encore de meilleurs prix au cours de l’hiver et du printemps prochains. Ceci est d’autant plus vrai si l’on considère que le contexte de l’offre et de la demande de grains aux États-Unis est inquiétant. Pourtant, il  y a lieu de s’interroger à savoir s’il sera profitable ou non d’entreposer son grain longtemps cette année.

D’un point de vue historique, depuis 25 ans, nous avons connu neuf années au cours desquelles les prix des grains ont connu une progression de plus de 10 % entre
l’été et la récolte, comme c’est le cas cette année. Or, sur ces neuf années, huit ont permis aux producteurs agricoles de vendre à des prix encore meilleurs au cours du reste de l’année, ce qui est déjà très révélateur.

Il faut tenir compte ensuite de ce qui est communément appelé le « carrying charge » que l’on peut traduire et définir en français comme étant le coût d’entreposage que propose le marché. Ce coût, qu’il ne faut pas confondre avec le coût réel des frais d’entreposage, représente l’écart que l’on retrouve entre chaque contrat à terme proposé à la Bourse de Chicago. Il révèle ce que les marchés sont prêts à payer pour obtenir du grain plus tard versus maintenant.

Pour cette année, comme l’illustre le graphique, que ce soit pour le maïs ou le soya, on obtient des écarts positifs entre les contrats à terme jusqu’au mois de juillet. Par la suite, ceux-ci sont négatifs et indiquent que les marchés ne souhaitent pas payer pour obtenir du maïs ou du soya après le mois de juin. On peut remarquer aussi que les marchés sont disposés à couvrir des frais d’entreposage allant jusqu’à près de 0,25 $ US/boisseau (10 $ US/TM) pour le maïs et de 0,06 $ US/boisseau (2 $ US/TM)
pour le soya. En d’autres mots, il serait certainement profitable d’entreposer du maïs, mais plus risqué de miser sur le soya.

Enfin, il ne faut pas perdre de vue qu’au moment de la récolte, les valeurs des bases sont devenues désavantageuses, comme c’est le cas chaque année. En principe, celles-ci devraient donc s’apprécier au cours des prochains mois, ce qui contribuera inévitablement à fournir d’autres opportunités de vendre à de meilleurs prix cette année.

Graphique : Écart entre les contrats à terme courants et ceux des mois suivants du maïs et du soya à la Bourse de Chicago

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