Les opportunités des marchés baissiers

Jean-Philippe Boucher agr., MBA jpboucher@live.ca

Jean-Philippe Boucher agr., MBA [email protected]

Depuis quelques jours, rien ne va plus vraiment du côté du marché des grains. Pour la vieille récolte, pour ceux qui leur en reste à vendre, le prix du maïs a connu un recul assez impressionnant à la bourse de 0,50 $US/boisseau, soit près de 20$ la tonne. Mais c’est certainement le soya, qui était jusqu’ici le grand favori des marchés, qui a frappé un mur comme on en voit rarement. Depuis lundi, il a perdu plus de 1,20 $US le boisseau, ce qui représente pour la tonne 44 $ de baisse. Et la situation n’est guère mieux du côté des prix pour la récolte qui s’en vient.

Encore une fois, le maïs a dû encaisser un recul. Comme cela fait déjà un certain temps que les marchés anticipent une récolte américaine importante, celui-ci aura été cependant plus « modéré » avec une baisse d’environ 0,25 $US/boisseau, ou 10 $ la tonne. Même situation pour le soya, qui a perdu de son côté 0,60 $US le boisseau, soit 22 $ la tonne.

Si on remet les choses en perspective, c’est la 1re fois depuis l’automne 2010 que le prix du maïs se transige à la bourse sous 4,90 $US le boisseau (193 $ la tonne), ce qui n’est pas rien ! Difficile ici de ne pas commencer à prendre au sérieux ceux qui depuis plusieurs semaines estiment que le prix du maïs devrait retourner vers 4,50 $US le boisseau et même moins…

Pour le soya, la situation est moins dramatique, puisque pour l’instant nous avons connu des creux équivalents (autour de 13,50 $US le boisseau) depuis le début de 2013. Par contre, si on jette un coup d’œil sur sa valeur pour la récolte qui est présentement de 12,18 $US le boisseau (447,5 $ la tonne), la réalité est que la dernière fois que nous avons eu un prix à ce niveau remonte au début 2012.

Dans l’ensemble, la situation que l’on connait dans les marchés des grains (pour ceux qui sont vendeurs) n’a donc rien de réjouissant présentement. Et si l’on exclut tous les bruits de fond des marchés et les incertitudes liées aux inventaires serrés de la dernière récolte, la principale raison derrière tout ceci se résume en quelques mots : très bonnes récoltes en vue après trois années difficiles.

Bon, maintenant, dans un tel contexte qu’est-ce qu’on peut bien faire ?

Il faut savoir tout d’abord qu’à priori, il y a très peu de solutions simples pour réussir à faire de « bonnes ventes » dans un marché baissier. Mais voici quelques pistes de réflexion :

  • Utiliser la bourse comme outil pour se protéger advenant que la baisse se poursuive encore davantage. Les courtiers, telle que l’équipe de la Banque de Scotia par exemple, passent leurs journées à trouver des recettes gagnantes pour y parvenir, suffit de leur lâcher un coup de fil pour en savoir plus…
  • Surveiller les marchés de près pour saisir les opportunités lorsqu’elles passent. Lorsque les marchés se sont emballés en raison des conditions préoccupantes dans le Midwest en est un bel exemple.
  • Le comportement de la base au Québec étant très souvent inversement lié à celui de la bourse, profiter de l’affaiblissement des contrats à terme (et donc de l’appréciation de la base) pour fermer des contrats sur la base en laissant son contrat à terme ouvert à la bourse. Lorsque par la suite une opportunité se présente sur les marchés boursiers et que la base retourne à la baisse, on peut encore profiter d’une bonne base et fermer à prix avantageux.
  • Si la base et le contrat à terme ne nous conviennent pas, il reste toujours bien entendu possible d’entreposer simplement, le temps que la situation se résorbe et tourne à notre avantage à nouveau.

Dans tous les cas, comme je le mentionne souvent, le plus important reste de se fixer des objectifs clairs et réalistes. Trop souvent, j’entends des producteurs me dire qu’ils vont vendre lorsque le prix va retourner à un « beau prix », comme par exemple 250 ou 300 $ la tonne dans le maïs. Oui, il s’agit bien d’un objectif très clair. Cependant, le hic c’est qu’il ne s’appuie pas sur grand chose et qu’il est finalement irréaliste dans la conjoncture.

Lorsque vient le temps de se fixer un objectif, l’une des choses importantes est de tenir compte entre autres des tendances que suivent les prix. Pour ceux qui sont moins familiers avec le concept de tendance, je vous invite à aller lire le billet que j’avais écrit en novembre dernier à ce sujet (Vendre ou acheter son grain les yeux fermés).

L’idée est ici assez simple, gardez à l’œil les tendances pour saisir les opportunités lorsqu’elles se présentent. C’est ce qu’illustre le graphique suivant :

tendance mais 25 juil 13

Bien sûr, il s’agit d’une manière de procéder pour se fixer des objectifs, mais il en existe plusieurs autres. Dans ce cas-ci, l’inconvénient est qu’on peut manquer le bateau lorsque le prix s’emballe, comme ce fût le cas l’an dernier. C’est d’ailleurs pourquoi il est plus avantageux de répartir ses ventes. Ceux qui sont plus familiers avec les marchés boursiers peuvent également saisir plus facilement les signaux qui indiquent que les tendances sont sur le point de changer pour de bon.

Même si les prochains mois s’annoncent de plus en plus difficiles pour les producteurs de grandes cultures, la grande nervosité des marchés et le fait de suivre un plan de mise en marché avec des objectifs clairs ouvrent encore la porte à de nombreuses belles opportunités. Dans quelques semaines par exemple, les cultures américaines seront à nouveau exposées à des risques de gels hâtifs. Avec le retard de 1 à 2 semaines dans le développement des cultures observé dans plusieurs régions américaines, la menace de ces gels créera alors des soubresauts sur les marchés et qui sait, probablement de belles opportunités à saisir… si le vent n’a pas tourné d’ici là.

 

 

à propos de l'auteur

Collaborateur

Jean-Philippe Boucher est agronome, M.B.A., consultant en commercialisation des grains et fondateur du site Internet Grainwiz. De plus, il rédige sa chronique mensuelle Marché des grains dans le magazine Le Bulletin des agriculteurs.

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