L’éternelle question du «monteront… monteront pas les prix des grains?!»

Jean-Philippe Boucher agr., MBA

La semaine dernière, j’ai eu l’occasion d’aller donner une conférence à des producteurs de grandes cultures de la région de St-Hyacinthe. Et c’est inévitable bien que tout à fait normal, mais comme à tout coup, la grande question qui m’a été posée est :

« Finalement, ce que tu dis Jean-Philippe, c’est que les prix ne seront pas bons l’an prochain même s’ils sont très intéressants présentement… ? »

Autrement dit, la question était à savoir si je pensais personnellement que les prix des grains devraient monter ou non dans les prochains mois. Mais ce que j’ai répondu est qu’en fait, lorsque je présente une analyse des marchés, la réalité est que c’est comme si je prenais une photo de quelque chose à un moment précis et que j’expliquais ce qu’on pouvait voir et déduire dans cette photo en question. Sauf qu’on sait très bien que si on reprend la même photo quelques semaines ou mois plus tard, il se peut qu’on observe une tout autre image. Et bien, c’est la même chose pour les prix des grains. Ce qu’on observe et peut penser maintenant ne sera assurément pas pareille dans 1 semaine… 1 mois et encore plus 1 an…

Plusieurs pensent aussi souvent que je suis éternellement pessimiste dans mes analyses, comme si je croyais toujours que les prix des grains ne pourraient qu’être moins bons. Mais en réalité, je suis très souvent convaincu que les prix pourraient grimper davantage. Je pourrais d’ailleurs facilement présenter en ce moment une série d’arguments assez convaincants pour dire que le prix du maïs retournera à 300 $ la tonne et que le soya va facilement bondir au-dessus de 500$ la tonne. Pas plus tard qu’hier j’écoutais entre autres les propos d’un analyste américain qui voyait maintenant que le prix du soya pourrait grimper à plus de 15 et même 16 $US le boisseau (550 à 585 $US la tonne).

Le problème cependant dans tout ça c’est qu’il s’agit de scénarios et de possibilités qui ont été élaborés à partir de photos prises à des moments précis, et non de certitudes. Ce qui est par contre une certitude pour un producteur de grande culture (ou un producteur de lait ou de viande) c’est que, à la fin de l’année, il va y avoir eu une facture à payer pour avoir cultivé du grain ou élevés des animaux. Et ça, à mon avis, c’est la 1re chose sur laquelle on devrait vraiment miser pour réaliser des ventes ou des achats.

Car, si prévoir les prix des grains relève beaucoup plus d’un coup de dés que quoique se soit d’autres, et je suis très bien placé pour le savoir, estimer son coût de production est par contre sans aucun doute quelque chose de bien réel et concret sur lequel appuyer ses décisions de vendre ou d’acheter. Alors, pourquoi tout miser sur l’espoir d’obtenir 300$ dans le maïs ou plus de 500$ dans le soya quand on sait qu’on couvre déjà très bien nos coûts… je vous le demande?

à propos de l'auteur

Collaborateur

Jean-Philippe Boucher

Jean-Philippe Boucher est agronome, M.B.A., consultant en commercialisation des grains et fondateur du site Internet Grainwiz. De plus, il rédige sa chronique mensuelle Marché des grains dans le magazine Le Bulletin des agriculteurs.

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