Plus rusé que les pesticides

Si on continue de s'entêter à en appliquer partout le couvert du presto va sauter

Wow! Pas de panique je ne suis pas en train de prétendre qu’on peut se passer de l’ensemble des pesticides en un clin d’œil.

Mais quand on travaille sur l’évaluation des effets secondaires de nos pratiques dans notre bassin versant, un élément nous frappe en plein front. Notre problème majeur ce sont les insecticides appliqués sur les semences. Pas seulement les néonicotinoïdes qui sont maintenant règlementés, mais bien tous les nouveaux insecticides utilisés aujourd’hui.

Si on fait une rétrospective, ce sont eux les responsables qu’on retrouve trop souvent et en trop grande quantité dans nos cours d’eau. Inutile de jouer sur les mots et se vanter de ne pas appliquer de néonicotinoïdes en se contentant d’appliquer un autre genre de produit qui, au final, se comporte de la même façon. Le pire c’est qu’ils sont utiles que dans seulement 4% des champs. Faut faire quelque chose! La pression est déjà assez grande. Si on continue de s’entêter à en appliquer partout le couvert du presto va sauter!

En fait, si je veux agir en bon père de famille et diminuer rapidement les effets secondaires de mes pratiques sur les cours d’eau, c’est le premier élément à remettre en question. En plus, c’est le plus facile à faire. Pas de changement de produit ou d’équipement, ni de dépistage chirurgical. J’ai seulement à mieux connaître mes sols et à déterminer si je possède des sections qui font partie du 4%. Hey, wake up gang! Ça vient d’où l’idée d’en appliquer quasiment systématiquement partout? Tout ça pour couvrir 4% de risque! Depuis 2012, on évalue le comportement de nos champs en comparant l’utilisation de semence sans insecticides versus celles traitées. Résultat, aucune perte majeure. Il y a eu plusieurs vitrines d’évaluations accompagnées de suivis agronomiques serrés pour démontrer qu’en général c’est possible de s’en passer. Nous sommes tellement convaincus que nous n’appliquerons aucun insecticide semence sur l’ensemble de notre ferme en 2020. Ça peut paraître inquiétant pour certains de peut-être subir une infestation. Pas compliqué,  il ne suffit que de faire des îlots d’essai sur différents types de sol de notre propre ferme en prenant bien soin de retenir les services de notre agronome pour s’assurer d’un bon suivi. On a 96% de chance de réussite.

Connaissant ces faits on pourrait se donner l’objectif de presque éliminer la pression insecticide dans l’ensemble de notre bassin versant de la Rivière Pot au Beurre qui se déverse dans NOTRE Lac Saint-Pierre. Tout est en place. Les semences sans insecticides sont disponibles à condition de commander tôt. En plus, elles sont maintenant moins dispendieuses. Le service d’accompagnement est disponible. Maintenant, on passe à l’action. On pourra produire plus et mieux, tout en étant plus rusé que les pesticides. Y a de quoi être fier!

à propos de l'auteur

Agriculteur et collaborateur

Paul Caplette est passionné d’agriculture. Sur la ferme qu’il gère avec son frère en Montérégie-Est, il se plaît à se mettre au défi et à expérimenter de nouvelles techniques. C’est avec enthousiasme qu’il partage ses résultats sur son blogue Profession agriculteur.

Articles récents de Paul Caplette

Commentaires