La chaleur et les vaches taries: 1re partie

Les vaches taries souffrent elles aussi de la chaleur. Il faut s'en occuper

Trop souvent oubliées, les vaches taries souffrent elles aussi de la chaleur. Selon le chercheur Geoffrey Dahl de l’Université de la Floride, il est même plus important de les rafraîchir que les vaches en lactation parce que l’impact d’un stress thermique sur ce groupe de vaches se fera sentir à long terme.

En chaleur, la Floride s’y connaît. Non seulement il y fait très chaud, mais c’est aussi très humide. En combinant température et humidité élevées, nous avons tout ce qu’il faut pour avoir un stress de chaleur important. Dès l’atteinte d’un indice de température-humidité de 68, soit la combinaison de l’humidité et de la température, la vache souffre de stress de chaleur. « L’humidité a un grand impact sur le stress thermique », explique le chercheur Geoffrey Dahl. Ce chercheur de l’Université de la Floride a fait de l’étude du stress ther- mique des vaches laitières en fin de gesta- tion sa spécialité. Il offrait une conférence sur le sujet lors du plus récent Symposium sur les bovins laitiers organisé par le Centre de référence en agriculture et agroalimentaire du Québec (CRAAQ).

La Floride est l’État américain où les vaches taries souffrent le plus de stress thermique. Durant 70 % des journées de l’année, les vaches taries sont susceptibles de souffrir de stress de chaleur. La Floride n’est pas le seul État américain producteur de lait où il fait chaud. Plusieurs équipes de recherche du sud des États-Unis se penchent sur les effets de la chaleur chez les vaches laitières. Dans les États américains juste au sud du Québec, les vaches taries souffrent de stress thermique de 20% à 25% du temps. Au Québec, les vaches souffrent elles aussi de stress de chaleur. La chercheuse Véronique Ouellet a fait office de pionnière chez nous en étudiant les effets du stress de chaleur sur les vaches en lactation. Elle en a fait son projet de doctorat à l’Université Laval, à Québec. Aujourd’hui, elle travaille dans l’équipe de Geoffrey Dahl en Floride. Lors de ses travaux de recherche pour l’obten- tion de son doctorat, Véronique Ouellet a calculé qu’en Montérégie, 36% des journées sont susceptibles de provoquer un stress de chaleur. Au Bas-Saint-Laurent, qui est une région reconnue comme étant plus fraîche, ce sont 25% des journées.

Pour le chercheur Geoffrey Dahl, le groupe le plus important à se soucier dans un troupeau laitier, c’est celui des vaches taries. En analysant les résultats d’un grand nombre de recherches ayant étudié les effets du rafraîchissement des vaches taries, Geoffrey Dahl a remarqué que toutes les études vont dans le même sens. Lorsqu’on rafraîchit les vaches taries, la production laitière augmente. C’est toujours vrai! De plus, cet effet se fait ressentir durant toute la durée de la lactation.

Ce phénomène est dorénavant bien compris dans plusieurs États du sud des États-Unis. «En Floride, nous sommes habitués de refroidir les vaches en lactation, mais chez les vaches taries, c’est assez nouveau depuis environ une dizaine d’années, explique Geoffrey Dahl. Au Texas, au Nouveau-Mexique et en Caroline du Sud, ils font un bon job pour rafraîchir les vaches taries. Maintenant, les gens de ces États travaillent à amener leurs résultats de recherche dans les autres États.» Des études menées dans les États du Nord-Est des États-Unis ont démontré que le stress thermique y est bien présent. « Il n’y a pas de différence à ce sujet entre le Vermont, l’État de New York et le Québec », explique le chercheur pour bien faire comprendre que nous aurions avantage, nous aussi, à rafraîchir les vaches taries en été.

En plus de la chaleur ambiante, le métabolisme de l’animal, dont la fermentation ruminale, génère une quantité importante de chaleur. « Un stress de chaleur se produit lorsque les pressions environnementales sont si fortes qu’elles empêchent l’animal de dissiper la chaleur produite par son métabolisme », explique Véronique Ouellet. Cela s’ajoute au stress de chaleur causé par la température et l’humidité ambiantes. Le message que Geoffrey Dahl veut faire comprendre aux producteurs laitiers, c’est que s’ils refroidissent les vaches en lactation, ils doivent aussi refroidir les vaches taries et durant tout le tarissement.

Cet article est la première partie de l’article La chaleur et les vaches taries paru en mars 2020 dans Le Bulletin des agriculteurs.

à propos de l'auteur

Agronome et journaliste

Marie-Josée Parent

Marie-Josée Parent couvre les productions laitière, bovine, avicole et porcine au Bulletin des agriculteurs.

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