Dakar (Sénégal), 18 septembre 2002 – Dans son vieux laboratoire de la Direction de la protection des végétaux (DPV), à la périphérie de Dakar, le docteur Abdoulaye Nyassi, entomologiste, rêve du jour où les « bio-pesticides » arroseront l’Afrique, du Sénégal à Djibouti.
Dans cette partie du continent, qu’il nomme la « bande sahélienne », sauteriaux et criquets ravagent souvent les productions agricoles, laissant les paysans dans le désarroi.
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Jusqu’à présent, la lutte anti-acridienne s’est faite au moyen de pesticides chimiques ou « de synthèse », comme les appellent les spécialistes qui en dénoncent les effets nocifs sur l’environnement, la santé des hommes et des animaux.
« Ce sont des milliers de litres de produits toxiques qui sont ainsi pulvérisés chaque année dans nos pays », explique le Dr Nyassi, chef du laboratoire de zoologie agricole à la DPV.
Ce laboratoire, installé à Mbao, à l’est de Dakar, tente aujourd’hui de trouver des moyens alternatifs de lutte contre les invasions de sauteriaux et de criquets par le biais « d’agents pathogènes ».
Les travaux sont menés conjointement avec l’Institut international d’agriculture, basé à Cotonou, et le Centre du Comité inter-Etats de lutte contre la sécheresse au Sahel (CILSS), institution située à Niamey.
Sur des insectes « malades » sont prélevés des organismes microbiens ou des champignons microscopiques, dont la culture en laboratoire donnera des « spores » qui, une fois homologués, devront être produits à grande échelle.
Pour le cas des pays sahéliens, « l’agent pathogène qui a été identifié s’appelle métharizium, et il est très virulent contre les acridiens », précise le Dr Niassy.
Depuis 1998, l’efficacité de cet agent a été établie et, en attendant une « homologation définitive », il a reçu une « autorisation provisoire de vente » dans les 9 pays membres du CILSS (Burkina Faso, Cap-Vert, Gambie, Guinée-Bissau, Mali, Mauritanie, Niger, Sénégal, Tchad).
Il a cependant fallu plusieurs projets, depuis 1989, pour en arriver à ces dernières découvertes auxquelles s’intéressent désormais les Américains qui, par le biais du Virginia polytechnical institute, financent la poursuite des recherches afin de voir si une production « en grande quantité est possible », explique le chercheur sénégalais.
Or, entre-temps, Sud-Africains et Australiens ont « homologué » cette découverte, qu’ils vendent dans leurs pays respectifs sous le nom générique de « green muscle » (muscle vert).
Mais il y a un hic, reconnaît le Dr Nyassy: si les bio-pesticides sont écologiquement « plus viables » et peuvent assurer une « lutte préventive », ils n’agissent que 4 à 10 jours après leur utilisation.
Par contre, les pesticides de synthèse, bien que plus « fugaces » après leur pulvérisation, détruisent « sur le coup » les insectes prédateurs, d’où leur force en cas d’invasion massive par des criquets migrateurs, par exemple.
Un constat qui ramène l’entomologiste à plus d’humilité lorsqu’il admet que les bio-pesticides ne pourront pas de sitôt « totalement remplacer » les pesticides chimiques. Ils leur seront « complémentaires », dit-il.
Source : AFP