Industrie porcine : les mesures annoncées ne justifient pas la levée du moratoire selon l’Union paysanne

Saint-Germain-de-Kamouraska (Québec), 13 mai 2004 – Même si certaines des mesures annoncées constituent des gains certains, les citoyens vont sans aucun doute devoir continuer à s’opposer aux nombreux projets de porcheries qui attendent la levée du moratoire, car rien dans les mesures annoncées ne s’oppose au maintien de la gestion liquide des fumiers (au contraire, on loue et subventionne les traitements de lisiers) et rien ne vient freiner sérieusement l’expansion de cette industrie qui bouleverse l’agriculture et les campagnes.

L’environnement
Les mesures annoncées renforcissent en apparence le contrôle environnemental en étendant le calcul de la capacité de support de la ferme au bassin versant, mais l’outil de contrôle demeure des Plans de fertilisation et des bilans de phosphore discutables et coûteux, fabriqués par des agronomes à la solde des promoteurs, plutôt qu’une norme objective comme le nombre d’unités animales à l’hectare. Quant aux mesures d’écoconditionnalité et d’accompagnement agroenvironnemental, elles ne dépassent guère les mesures déjà existantes qui relèvent de la simple observance des lois et règlements ou de mesures de mitigation pour des pratiques inacceptables.

L’expansion porcine
Rien non plus dans les mesures annoncées ne viendra freiner l’expansion des porcheries : on ne touche pas à la gestion liquide des fumiers, on ne touche pas aux élevages hors sol, on n’exige pas la propriété des terres d’épandage, on ne diminue pas le financement public au volume, on ne remet pas en cause l’exportation Rien non plus pour contrer les ravages que fait cette industrie en milieu agricole: spéculation sur les terres, déséquilibre des cultures et élevages, monocultures, érosion et appauvrissement des sols, etc. Les promoteurs devront juste se déplacer dans des territoires jugés non encore saturés en phosphore en laissant les terres dévastées derrière eux.

Le pouvoir des citoyens
Quant aux citoyens, le droit à l’information et à la consultation leur est reconnu, de même qu’un pouvoir sûrement limité de planification locale du développement porcin sur leur territoire, mais ce sont des pouvoirs de discussion plus que de décision, encore mal définis d’ailleurs. Le droit au référendum est ignoré bien sûr. Au bout du compte, les conflits vont demeurer. D’autant plus qu’on continue à favoriser le lisier et à financer l’expansion et l’exportation avec l’argent public, ce qu’ont toujours rejeté les citoyens.

Non à la levée du moratoire
Le mythe de l’acceptabilité et de la conciliation sociale ne peut tenir lieu d’une vraie démocratie et de vraies politiques agricoles. Les citoyens ne sont pas dupes et ils n’accepteront pas ce cheval de Troie. Si le rapport du BAPE avait des lacunes, il avait au moins de la vision. Les mesures annoncées sont du bricolage de fonctionnaires qui cachent mal le refus d’un gouvernement de faire le virage qui s’impose en agriculture. Sans mesures concrètes sur le contrôle de la pollution et de la dégradation agricole, sur la démocratie locale, sur la gestion solide des fumiers, sur le financement des promoteurs et sur le contingentement de la production, l’Union paysanne s’opposera fermement à la levée du moratoire.

Site(s) extérieur(s) cité(s) dans cet article :

Union Paysanne
http://www.unionpaysanne.com/

Commentaires