L’intérêt collectif plutôt que celle d’une minorité!

Saint-Germain-de-Kamouraska (Québec), 31 mars 2009 – La Coalition pour un Québec des régions revient à la charge dans le débat qui entoure l’application des réformes proposées par le rapport Pronovost sur l’avenir de l’agriculture, et demande au ministre de l’agriculture et de l’alimentation Laurent Lessard de sortir de sa réserve et de prendre la défense du rapport Pronovost, ainsi que des autres rapports qu’il avait lui-même commandé concernant le financement (Saint-Pierre), le zonage agricole (Ouimet) et les circuits courts de mise en marché.

Le rapport de Michel Saint-Pierre, déposé vendredi dernier, confirme les constats du rapport Pronovost et dénonce ouvertement le scandale des centaines de millions versés par la Financière agricole aux gros producteurs, devenus à toutes fins pratiques des assistés sociaux, notamment dans le porc et les céréales. Un tel « détournement » de fonds publics et la vision étriquée de l’agriculture qu’il encourage risquent de compromettre l’avenir de notre agriculture et la prospérité des régions du Québec.

Pourtant, l’UPA et ses alliés corporatifs, forts du quasi droit de veto qu’ils ont extorqué à Jean Charest en campagne électorale via un comité bipartite ÉTAT-UPA, s’opposent systématiquement à tous ces rapport et défendent fermement leurs privilèges, en dépit du fait que, en tant que syndicat unique et obligatoire des agriculteurs, ils ont le devoir de défendre tous les agriculteurs de toutes les régions.

Pendant ce temps, le ministre Laurent Lessard, qui est censé être le ministre de l’agriculture et de l’alimentation de tous les Québécois, reste silencieux et absent, apparemment insensible aux milliers d’agriculteurs et de consommateurs qui réclament l’application du rapport Pronovost afin d’assurer une occupation du territoire et une alimentation locale de qualité. Pire, en coulisse, il s’adjoint comme conseiller un « expert », Michel Morisset, qui est ni plus ni moins qu’un «cheval de Troie» des opposants aux réformes proposées et n’est pas là pour rien, quoi qu’en dise le ministre.

Pourtant, les enjeux de société dans ce débat sont majeurs. Les réformes proposées par le rapport Saint-Pierre, dans l’optique du rapport Pronovost, visent dans l’ensemble à réduire la part démesurée du soutien financier public accaparée par les barons des grandes productions, de plus en plus concentrés dans les régions centrales du Québec; les sommes ainsi épargnées devraient permettre de grossir le soutien accordé aux fermes « multifonctionnelles », c’est-à-dire celles qui permettent de maintenir une occupation du territoire en régions périphériques, offrent une alimentation locale de qualité et adoptent des pratiques agricoles plus écologiques. Dans ce cadre, l’agriculture biologique notamment, qui observe déjà des cahiers de charge contrôlés, pourrait profiter rapidement de ces réformes et contribuer significativement à la préservation de nos écosystèmes et de la santé publique.

De son côté, le rapport Ouimet, présentement à l’étude, conformément aux recommandations du rapport Pronovost lui aussi, propose de décentraliser la gestion des usages en zone agricole et de l’adapter aux besoins et particularités différentes dans les régions périurbaines et les régions périphériques en dépeuplement, comme le réclament les MRC et municipalités rurales depuis des années, afin de freiner l’étalement urbain d’une part, et la dévitalisation des campagnes d’autre part.

D’autres chantiers concernent les mesures à prendre pour permettre le développement de la transformation locale et de la mise en marché des produits des fermes de proximité partout sur le territoire au lieu de laisser le champs libre au cartel des grandes chaînes alimentaires. La popularité des produits locaux, biologiques et du terroir démontre que de plus en plus de consommateurs désirent avoir accès décemment à ces produits. Beaucoup d’agriculteurs conventionnels aimeraient également pouvoir plus facilement se démarquer par une production et une mise en marché de créneau. Investir dans le renforcement de nos produits et de nos marchés intérieurs et régionaux ne peut que favoriser une meilleure sortie de crise économique.

La Coalition, de pair avec un nombre croissant d’autres intervenants, estime que ces enjeux sont déterminants pour l’avenir du Québec, de ses collectivités territoriales et de la qualité de vie de ses citoyens. Tout le monde contribue par ses taxes et ses impôts au soutien de notre agriculture. Ils ont le droit d’être entendu. Le ministre et le gouvernement Charest ne peuvent plus se défiler et se doivent de défendre l’intérêt collectif plutôt que de laisser des intérêts corporatifs saboter une future politique agricole qui a déjà trop tardé.

Coalition pour un Québec des Régions Information : Roméo Bouchard, 418-492-5727, [email protected]

Note : la Coalition pour un Québec des Régions regroupe près de 200 citoyens des 17 régions du Québec qui préconisent, pour assurer le développement harmonieux de toutes les régions, une décentralisation des pouvoirs et l’instauration de gouvernements territoriaux élus, dotés de pouvoirs et de ressources autonomes, à l’intérieur de politiques nationales

Site(s) extérieur(s) cité(s) dans cet article :

Union des producteurs agricoles (UPA)
http://www.upa.qc.ca/

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