Protection du territoire agricole : on craint le pire !

Montréal (Québec), 8 novembre 2004 – Avec la pression sans cesse croissante de l’étalement urbain sur les terres agricoles et la révision, qui plane dans l’air, de La loi sur la protection du territoire agricole (LPTA), il y a lieu de craindre le pire pour la base territoriale de l’agriculture au Québec, estime la Coalition pour la protection du territoire agricole.

C’est la mise en garde qu’a servie cette coalition, réunie en conférence de presse à Montréal. S’attardant sur l’exemple de la région métropolitaine, cartes gouvernementales à l’appui, la Coalition en a profité pour annoncer l’adhésion de nouveaux membres : l’Association professionnelle des chauffeurs de camion et Coop des camionneurs, la Centrale des syndicats du Québec (CSQ), l’Ordre des agronomes du Québec (OAQ) et l’Union québécoise pour la conservation de la nature (UQCN).

Alors que la Coalition avait dénoncé, à l’annonce de sa création en avril dernier, le non-sens du projet de prolongement de la 30 en pleine zone agricole, elle a saisi l’occasion, cette fois, pour réitérer sa vive opposition à l’anarchie du développement à tous crins et à l’effritement de la zone agricole. Elle réclame de l’État la protection du patrimoine agricole de même qu’un signal clair pour mettre un frein, à la grandeur du Québec, aux excès de l’étalement urbain et, ce faisant, à la spéculation qui souvent l’accompagne.

Parmi les nombreuses demandes en cours, deux cas illustrent à eux seuls la vigueur de cet empiètement de la ville sur la campagne dans la grande région de Montréal. Ensemble, les deux localités de Boisbriand et de Sainte-Julie réclament le dézonage de 730 hectares agricoles, soit l’équivalent de 1 330 terrains de football.

Qui plus est, le phénomène de l’étalement urbain dans la région de Montréal entraîne des coûts considérables. En effet, au cours des 20 prochaines années, on prévoit que 92 % des investissements de la CMM dans ses infrastructures de gestion de l’eau devront se faire dans les couronnes, ce qui représente une facture de 230 millions de dollars. C’est également en périphérie que se dépense le plus d’argent pour la construction de nouvelles écoles alors que, entre 1994 et 1999, on y consacrait 203 millions de dollars. Durant la même période, 14 écoles du centre étaient fermées ou réaffectées à d’autres fonctions.

La congestion routière causée par l’étalement urbain entraîne aussi son lot de problèmes. Entre 1987 et 1998, l’achalandage des véhicules sur les 15 ponts d’accès à l’île de Montréal a augmenté de 42 %. Globalement, les coûts socio-économiques du trafic dans la région de Montréal sont de l’ordre de 780 millions de dollars pour l’année 1998 seulement. Et c’est sans compter la détérioration de l’environnement due à l’augmentation des émissions de gaz à effet de serre attribuables au transport, qui sont passés de 10 à 12 millions de tonnes entre 1994 et 2000. Et Montréal n’est pas unique : la pression de l’étalement urbain est également très forte dans plusieurs régions de la province.

Ce phénomène est d’autant plus inadmissible, dénonce la Coalition, qu’une étendue considérable de zone blanche est disponible pour l’urbanisation dans la couronne de Montréal. Cette zone couvre en effet 30 000 ha, soit une étendue beaucoup plus grande que l’île Jésus où se trouve la Ville de Laval. « Comment justifier tout ce développement en zone verte quand autant d’espace est disponible dans nos agglomérations? » s’interrogent et s’indignent les membres de la Coalition.

L’agriculture est particulièrement fragile à proximité des grands axes routiers de la région métropolitaine, qui se révèlent de véritables vitrines commerciales propres à ouvrir l’appétit des promoteurs sur les terres agricoles. Outre le projet de l’autoroute 30, à la hauteur de Candiac, véritable symbole du gaspillage du patrimoine agricole qui menace 515 ha comptant parmi les meilleures terres agricoles du Québec, la Coalition a particulièrement dénoncé les demandes d’exclusion qui s’accumulent à proximité d’autres tronçons : sur la 20, entre Sainte-Julie et Beloeil (521 ha), à Saint-Eustache et Boisbriand dans l’axe de la 640 (280 ha), à Carignan et Richelieu aux abords de la 112 (77 ha).

Ce qu’il faut retenir, c’est que le cas de Montréal et de sa périphérie est symptomatique de la précarité du territoire agricole à la grandeur de la province, là où la ville rejoint la campagne. Persister à ne pas prendre le « taureau » de l’étalement urbain par les cornes pourrait finir par ramener le Québec à une situation d’un caractère tout aussi inacceptable que celle qui prévalait avant l’adoption de La loi sur la protection du territoire agricole il y a 26 ans. « Nous devons traiter le territoire agricole, qui se veut la base de notre sécurité alimentaire, comme une véritable priorité gouvernementale et de société », ont conclu les porte-parole de la Coalition.

Mentionnons, en terminant, que la Coalition, en plus des nouveaux membres annoncés en conférence de presse, regroupe notamment La Coop fédérée, la Confédération des syndicats nationaux (CSN), la Fédération des travailleurs et travailleuses du Québec (FTQ) et la Fondation québécoise en environnement.

Site(s) extérieur(s) cité(s) dans cet article :

Conseil central du Montréal métropolitain (CSN)
http://www.total.net/~ccmm2/

Coopérative Fédérée de Québec
http://www.coopfed.qc.ca/

Fédération des travailleurs du Québec (FTQ)
http://ftq.qc.ca/

Fondation québécoise en environnement
http://www.fqe.qc.ca/

Ordre des agronomes du Québec
http://www.oaq.qc.ca/

Union québécoise pour la conservation de la nature (UQCN)
http://www.uqcn.qc.ca/

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