Le cycle de Doha embourbé dans la pagaille des subventions

Ottawa (Ontario), 10 novembre 2006 – Peter Clark, président de Grey, Clark, Shih and Associates, Limited, a déclaré lors d’un Newsmaker Breakfast du Cercle national des journalistes : « Le cycle de Doha sortira de son coma, mais pas de façon satisfaisante avant 2009. »

« La situation ne s’est pas améliorée pendant l’été et toutes ces rumeursà propos de ‘fenêtres d’opportunité’ n’étaient que du vent, comme le sont lesbavardages au coin du feu et la diplomatie feutrée. » M. Clark estime et faitremarquer que « la suspension indéfinie des négociations, qui est extrêmementgrave, n’a pas réussi à susciter quelque volonté politique que ce soit. »

« Les divisions sont trop profondes, particulièrement sur les liens entrel’aide à la production nationale et le marché, et beaucoup trop de travailminutieux reste à faire pour obtenir un traitement prioritaire au calendrierdu Congrès américain », a-t-il expliqué.

« Cette perspective devrait être inquiétante pour des centaines demilliers d’exploitants agricoles, au Canada et ailleurs, qui ont été ruinéspar les subventions américaines et européennes massives. Et le nouveau FarmBill (loi agricole américaine) ne sera pas censuré par le raffinement desrègles de l’OMC. Alors que les paiements de soutien ‘découplés’ devaientrendre le monde plus juste, ils l’ont rendu pire et nous verrons encorebeaucoup plus de paiements réputés découplés ou verts. »

« Si les pays riches étaient sérieux quant à la limitation et à laréduction de leurs subventions, pourquoi ont-ils senti le besoin de se cacherderrière une clause de paix lors du dernier cycle? », a demandé M. Clark. « Cemarché de complaisance a fourni à ces pays toutes les possibilités de ne pasréduire leur soutien perturbateur; en fait, les Etats-Unis l’ont augmenté avecleur Farm Bill de 2002. Ce genre de soutien déprime les prix, beaucoup plusqu’il ne le devrait, ce qui crée une crise mondiale du revenu agricole. »

Le soutien intérieur agressif, abusivement secret et non déclaré est lacause même de l’impasse dans laquelle se trouve le cycle de Doha et la raisonultime pour laquelle des négociations sérieuses ne reprendront pas avantplusieurs années. Le président se plaint que certains avis sont en retard decinq ans parce qu’il n’y a pas d’échéances. C’est un système fondé sur laconfiance.

M. Clark a déclaré que ses conclusions relatives à la fraude à lacatégorie verte, y compris le soutien découplé, ont été critiquées par desleaders du secteur agricole européen lors d’une réunion tenue récemment àMexico. « Toutefois, en définitive, les prix n’augmentent pas en Europe, lesagriculteurs européens ne se lancent pas dans de nouvelles cultures et ils nepourraient pas conserver leur exploitation sans leur ‘sorte de paiement uniquedécouplé à l’agriculture’. » Il ajoute que la situation aux Etats-Unis a uneffet très similaire.

Selon M. Clark, ceux qui prétendent que le cycle actuel de l’OMCbénéficiera aux consommateurs vivent dans l’utopie. Au cours des dernièresannées, le blé et les céréales ont connu des périodes difficiles, mais lesconsommateurs n’ont pas « bénéficié » d’une baisse de prix. « Les Canadiens nemangeraient pas plus de pommes si elles étaient à moitié prix. On ne sedemande pas pourquoi les agriculteurs sont sceptiques quant aux bénéfices queles consommateurs retireraient du commerce. »

M. Clark a prédit que le Farm Bill de 2007 aux Etats-Unis et que d’autresréformes de la CAP européenne ne réduiraient pas le soutien générateur dedistorsions commerciales, mais qu’ils lui donneraient un nouvel emballage :« L’accent n’est pas mis sur la réforme ou sur la diminution des subventions,mais sur la tentative de donner un nouvel emballage au même vieux financementgénérateur de distorsions et de le protéger de la contestation… manoeuvreprobablement assujettie à une nouvelle clause de paix. »

Il a rappelé des déclarations du secrétaire américain à l’agriculture,Mike Johanns, de la commissaire de l’UE, Marion Fischer-Boel, et un récentrapport des services de recherche économique du département américain del’agriculture pour valider sa conclusion selon laquelle ces subventionssoi-disant découplées seraient vulnérables advenant une contestation auprès del’OMC.

« Nous devons être réalistes : personne ne vote pour réduire le soutien àl’agriculture en Europe ou aux Etats-Unis. L’Union européenne ne modifiera pasla base même de sa politique agricole commune. Voyez ces assurances ‘tousrisques’ dont bénéficient ces agriculteurs en cas de mauvais rendement,d’intempéries, d’autres désastres ou de prix déprimés, qui ne feront pasaugmenter les prix agricoles et ne convaincront pas ceux qui ont étédésavantagés par le cycle de l’Uruguay d’approuver aveuglément un autreaménagement. »

Commentaires