Les syndicats agricoles critiquent le plan d’aide aux éleveurs

Paris (France), 8 janvier 2002 – Les organisations syndicales affichent leur déception après la présentation du plan d’aide aux éleveurs, d’un montant de 150 millions d’euros, dévoilé par Jean Galvany.

« Le plan d’aide de solidarité présenté par Jean Glavany, ministre de l’Agriculture, ne répond pas aux attentes et reste très en deça des besoins des éleveurs », déclare la FNSEA (Fédération nationale des syndicats d’exploitants agricoles), les JA (Jeunes Agriculteurs), FN Bovine et la FNP Lait.

Dans un communiqué commun, les quatre organisations estiment que le dispositif gouvernemental ne permet pas de « cibler les cas les plus graves » et reste trop éloigné des « réalités économiques ».

« Les éleveurs recevront des soutiens économiques fixés en moyenne à 1000 euros par exploitation, aide dérisoire en regard des pertes enregistrées », soulignent-elles.

Dès lundi, Jean-Michel Lemétayer, président de la FNSEA, avait jugé le plan gouvernemental insuffisant et mal ciblé. « Nous comptions sur un complément de revenu suffisant pour redonner du moral aux éleveurs, nous avons un schéma compliqué où beaucoup d’entre eux seront exclus (…) Nous sommes déçus et nous ne sentons pas la solidarité nationale », déclarait-il.

Sans exclure des actions locales spontanées, ces syndicats n’ont toutefois pas, dans l’immédiat, lancé de mot d’ordre de manifestation. « Pour l’instant, tout le monde prend connaissance des mesures », a déclaré un porte-parole de Jeunes Agriculteurs.

Une centaine d’éleveurs de la Mayenne ont néanmoins manifesté à l’appel de la FDSEA et du CDJA à Laval, bloquant pendant quelques heures les lignes TGV Paris-Rennes. Ils ont levé leur blocus en début d’après-midi.

Pour la Confédération paysanne, plus proche des petites exploitations, l’analyse du plan Glavany est plus mesurée. D’un côté, le syndicat se félicite que « pour la première fois, une aide de crise n’est pas proportionnelle au nombre d’animaux mais basée sur une aide forfaitaire ».

« Comme le demandait la Confédération paysanne, le ministre est sorti de la logique “plus t’es gros, plus tu touches” », écrit le syndicat dans un communiqué.

Mais, s’interroge la Confédération paysanne, « peut-on redresser une situation difficile avec en moyenne 1000 euros par exploitation ? »

En outre, la Confédération regrette que « les pouvoirs publics encouragent délibérément la politique de restructuration » en allouant globalement des sommes plus importantes pour aider les éleveurs à quitter leur métier que pour une aide directe forfaitaire.

Le Modef, confédération nationale des syndicats d’exploitants familiaux proche du Parti communiste, estime pour sa part que « ce plan social n’est pas une réponse à l’absence de revenu des éleveurs ».

Le Modef, qui appelle à la mobilisation des éleveurs et exploitants familiaux, redoute « une restructuration profonde de l’élevage au détriment des petits exploitants parce que ce sont eux qui ont les revenus les plus bas et qu’ils ont le moins de capacité à résister », a déclaré à Reuters un porte-parole.

Abandon de l’abattage total « crédible »
Le plan rendu public lundi par Jean Glavany prévoit une enveloppe de 150 millions d’euros pour les éleveurs bovins, avec des versements de crédits dès la fin mars pour les exploitants les plus touchés par la crise de la vache folle.

« Bien entendu, ont sûrement porté des jugements divers sur ce plan, il est sûrement insuffisant, je n’ai jamais entendu dans l’histoire de l’agriculture française un plan qualifié de suffisant mais je crois qu’il marque un effort de solidarité nationale », a-t-il déclaré mardi lors de la séance des questions d’actualité à l’Assemblée nationale.

En outre, le ministre a ouvert la porte à un adoucissement des mesures de lutte contre la maladie bovine, en révélant que les experts de l’Agence française de sécurité sanitaire des aliments (Afssa) avaient jugé possible, pour les bêtes nées en 2002, un abattage sélectif et non plus total des troupeaux frappés par l’encéphalopathie spongiforme bovine (ESB).

« Il me semble que la perspective de l’abandon de l’abattage total est aujourd’hui crédible », a-t-il dit dans l’hémicycle.

Le plan, qui sera financé par « redéploiement budgétaire », prévoit d’abord de verser « fin mars ou début avril » des aides immédiates, d’un montant pouvant aller jusqu’à 2000 euros, aux éleveurs les plus touchés par la crise de l’ESB.

Il concernera davantage les éleveurs de races à viande que ceux qui élèvent des vaches laitières. Les éleveurs les plus touchés pourront aussi à moyen terme obtenir des allègements de charge, voire un plan de conversion vers une autre production.

Le budget de ces mesures économiques s’élève à lui seul à 81,31 millions d’euros (534 millions FF).

Dans un volet « social », le ministère propose en outre de doubler les départs en pré-retraite en 2002 et 2003 (2000 départs contre 1000 actuellement) pour les éleveurs en difficulté.

Les syndicats agricoles ont « reconnu l’interêt » de ce dispositif.

Source : Reuters

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