Optimisme prudent

Le quota laitier est rare, les prix des grains sont bons. Résultat : les projets d’investissement des agriculteurs québécois se tournent de plus en plus vers les grandes cultures.

Si l’on fait abstraction de la météo qui retarde les semis, l’humeur est à l’optimisme prudent, a indiqué en entrevue Alain Beaudry, directeur régional, ouest du Québec, à Financement agricole Canada.

« Nous voyons plus de projets de transactions de terres (que d’habitude) », rapporte-t-il.

D’une part, plusieurs familles agricoles spécialisées en grandes cultures cherchent à agrandir leur domaine pour intégrer la relève. D’autre part, les producteurs laitiers confrontés à la rareté du quota en profitent pour prendre de l’expansion du côté des grandes cultures.

Cela influe nécessairement sur le prix des terres. Alain Beaudry a même vu une transaction à 6500 $ l’arpent. De tels prix ne touchent souvent que des lots de petite taille, nuance-t-il. Ils ne permettent pas d’atteindre la rentabilité, même avec les prix actuels du maïs et du soya.

Au cours des dernières années, les motifs pour acheter des terres ont changé du tout au tout, note Alain Beaudry. Aujourd’hui, on n’achète plus pour épandre un surplus de lisier, mais pour prendre de l’expansion dans un contexte de rentabilité accrue des grandes cultures.

Ce contexte fait qu’il est commun de voir trois ou quatre acheteurs intéressés par la même terre à vendre.

Malgré les cours élevés des céréales et oléagineux, les agriculteurs en mal d’expansion sont prudents, observe Alain Beaudry. « Ce qui caractérise les agriculteurs d’aujourd’hui est qu’ils ont connu des années difficiles. En bons gestionnaires, ils savent qu’ils doivent se garder une marge de manœuvre. »

Avant d’acheter des terres, plusieurs préfèrent maximiser la rentabilité de leurs avoirs, en nivellant, drainant et chaulant à perfection. Le retour sur l’investissement dans l’amélioration des terres est généralement supérieur à celui qu’on peut s’attendre en achetant les champs du voisin, souligne Alain Beaudry.

Les projets d’expansion avec des acquisitions à des prix qui ne permettent pas d’atteindre la rentabilité de l’actif convoité sont plutôt rares. Au contraire, de plus en plus de producteurs connaissent bien leurs coûts de production et ont acquis une solide expérience en mise en marché des grains.

« Les gens nous arrivent avec des chiffres, dit Alain Beaudry. Ils nous disent : ‘sur cette terre, je sais que je vais obtenir 10 tonnes à l’acre.’ Les gens ont confiance en leur projet. »

Chez Financement agricole Canada, ce sont souvent les parents avec la relève qui débarquent dans les bureaux, en quête d’un financement pour un projet. « On voit beaucoup d’entreprises agricoles avec une bonne relève. La relève est formée, elle a une bonne expertise, elle est intéressée par la mise en marché et elle veut faire de l’expansion. »

Commentaires