Passer à travers la récolte sans incident

La récolte est la période forte de l’année sur une ferme, le point culminant d’une année d’efforts. C’est aussi à ce moment que se produisent la plupart des accidents recensés sur les fermes. Les manchettes des journaux rappellent que personne n’est à l’abri des tragédies, comme cela s’est produit récemment sur une ferme de l’Alberta où trois jeunes sœurs ont perdu la vie.

Aux États-Unis, un enfant meurt à tous les trois jours dans un accident relié à la ferme tandis que 38 se blessent quotidiennement. L’UPA rappelait pour sa part des statistiques sur les accidents lors de la semaine de la sécurité et de la santé en agriculture. Au cours des dix dernières années, 43 % des lésions et près de la moitié des décès survenus dans le milieu agricole au Québec sont dus à l’utilisation du tracteur. Entre 2009 et 2013, 50 accidents et un décès ont été reliés aux pièces en mouvement dans le secteur agricole, le thème de la dernière campagne de prévention.

Dans le cas des enfants, un organisme responsable de la santé et sécurité sur les fermes au Wisconsin rapporte que la machinerie est responsable de la mort des petits dans 25% des cas, la plupart du temps les tracteurs. Les autres appareils comme les tout-terrains causent 16% des décès chez les enfants. De plus, près de 75% des accidents concernaient des enfants qui ne participait pas aux travaux mais qui se trouvait dans les environs. Ils ont été renversés par les tracteurs, les voitures de grains ou encore sont tombés des appareils alors qu’ils étaient passagers.

Diane Fortin, coordonnatrice au service de prévention de l’UPA, travaille au prochain document qui servira de référence à la semaine de formation en sécurité à la ferme l’an prochain. Il porte justement sur les silos à grains. “Le principal danger dans ce cas est l’ensevelissement. Dix secondes sont suffisantes pour causer la mort. Depuis 2010, trois décès et quatre passés proches se sont produit au Québec en lien avec un ensevelissement.Les autres dangers reliés aux silos sont les vis à grain, les poussières et les moisissure, ainsi que les chutes.”

Quelques règles de base
Les accidents en tracteur peuvent être évités en respectant les règles de conduite sécuritaire, notamment en adaptant la vitesse selon l’état du terrain et les pentes, en circulant loin des fossés et en évitant les virages brusques. La sécurité est aussi de mise sur les routes où les producteurs doivent conjuguer avec les automobilistes sur les routes de campagne.

Dans le cas des pièces en mouvement, tous les éléments de transmission d’énergie (par exemple la prise de force, l’arbre de transmission, une poulie, une courroie, une chaîne, un engrenage) doivent être munis d’un protecteur efficace afin que ces pièces soient inaccessibles. La CSST recommande de prévoir une démarche d’inspection qui inclut une inspection régulière des machines pour vérifier si tous les protecteurs sont en place et en bon état avant l’utilisation.

La principale recommandation de Diane Fortin est de prendre le temps de…prendre le temps. “C’est une période où les gens sont souvent pressés. Ils répètent les mêmes mouvements depuis des années et ne prennent plus conscience du danger. Prendre quelques secondes pour arrêter une machinerie peut faire la différence.” Dans le cas des silos, la coordonnatrice recommande d’éviter le plus possible de pénétrer dans le silos et de travailler de l’extérieur. En cas de nécessité, il faut s’assurer d’avoir quelqu’un tout prêt qui pourra intervenir en cas de besoin. “Le mieux est de travailler en amont pour prévenir les problèmes d’agglomération et de moisissures”.

Martin Caron, 2e vice-président de l’UPA, rappelait dans un éditorial au printemps les questions à se poser comme producteur : «Est-ce que le travail que je m’apprête à faire comporte des risques pour moi ou pour les autres? Si c’est le cas, que puis-je faire pour les éliminer ou, à tout le moins, pour les réduire? Est-ce que je sais comment faire ce travail de façon sécuritaire? Sinon, comment dois-je m’y prendre? Ai-je les bons outils, le bon équipement? De quoi ai-je besoin pour effectuer le travail de façon sécuritaire? ». Et comme le disait M.Caron, « le fait de travailler de la même façon depuis longtemps ne représente pas un gage de sécurité. C’est une fausse sécurité. »

Diane Fortin rappelle aussi que l’UPA a mis en place des mutuelles de prévention qui comptent en ce moment près de 500 membres. “Ce sont des conseillers qui se déplacent à la ferme et donnent des conseils sur la manière d’adapter l’entreprise pour améliorer la sécurité. Ce ne sont pas des inspecteurs mais des gens qui sont là pour aider, au même titre que le conseiller dédié à l’élevage ou les cultures.”

La Fédération de l’UPA de la Montérégie a mis à la disposition de ses membres des conseils brefs et précis sur la sécurité, à l’aide de sa mascotte FèGaffe.

Et quelques fiches sur la prévention fournies par la CSST.

à propos de l'auteur

Journaliste

Céline Normandin

Céline Normandin est journaliste spécialisée en agriculture et économie. Elle collabore également au Bulletin des agriculteurs.

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