Le Bulletin des agriculteurs a présenté pour une 6e année son webinaire faisant une analyse du rapport du département américain de l’Agriculture (USDA) concernant les intentions de semis pour 2026 le 2 avril.
Préparé et commenté par Jean-Philippe Boucher, co-fondateur de Grainwiz et blogueur au Bulletin, le rapport a offert peu de surprise, mis à part pour le blé, a-t-il indiqué. Le portrait général de la situation suggère la continuation des tendances actuelles pour les prix, bien que la volatilité demeure grande en raison du contexte géopolitique très instable.
Les projections du département américain de l’Agriculture
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Le rapport du USDA dévoilé le 31 mars a été en accord avec les prévisions du marché. Les prévisions d’ensemencement du maïs ont été un peu plus élevées que prévu, ce qui fait dire à Jean-Philippe Boucher que l’histoire d’amour des États-Unis avec le maïs se poursuit. Les semis de soya fléchiraient légèrement en 2026 pour revenir dans les normales, mais la surprise est venue du blé qui afficherait ses plus faibles semis depuis 1919, date à laquelle les données ont été compilées pour la première fois.
Au Québec, on assiste à plusieurs tendances de fond. Les semis de maïs déclineraient encore, ce qui en feraient les plus faibles depuis 1998, pour un manque à gagner de 85 000 tonnes. Il s’agit d’un mouvement à la baisse difficile à expliquer et qui va à contresens de ce qui se passe dans le reste du Canada, a indiqué le spécialiste. Le soya déclinerait aussi en 2026, mais avec tout de même une production la situant au 3e rang. Les chiffres de StatCan, dévoilés au début du mois de mars, indiquent un bond de 32% pour les semis de blé grâce au blé d’automne (blé fourrager).
Malgré la récente hausse du prix des engrais, l’analyste s’appuie sur les données historiques pour dire qu’il ne prévoit pas de changement dans les semis, puisque le printemps frappe à nos portes. Si un changement d’intention de culture devait se produire, ce serait plutôt l’an prochain, dit-il.
Demande, stocks et prix pour l’année
Le rapport du USDA a également présenté ses prévisions quant aux exportations, les réserves en place et à venir, ainsi que les prix attendus.
Jean-Philippe Boucher a fait remarquer que les exportations de maïs se situent nettement au-delà de la moyenne depuis plusieurs mois, un effet indirect de la volonté de plusieurs pays d’être dans les bonnes grâce de l’administration américaine. Cette demande soutenue et l’attrait pour l’éthanol devrait compenser pour une bonne récolte, des stocks en hausse et une consommation animale plus faible. Les prévisions réalistes de l’analyste font état d’une fourchette de prix pour l’année à Chicago de 4,20 à 5 $US le boisseau, mis à part les rallyes occasionnels.
Au Québec, la production devrait se situer à 3,2 millions de tonnes grâce un rendement dans les normales. Pour les tendances, Jean-Philippe Boucher indique qu’on est « de retour davantage vers un marché de remplacement qui soutient la base », ce qui donne un prix réaliste de 275 à 300 $ la tonne.
Les conditions, dans un marché du soya qualifié « d’explosif », amènent une volatilité plus grande pour le soya. Malgré les déclarations des États-Unis concernant la reprise des achat de la Chine, les exportations sont nettement en deçà des moyennes historiques. Avec une production dans la moyenne et des stocks en hausse, le soya sera sous pression. La trituration qui atteindra des records devrait cependant soutenir le prix de la fève prévu entre 10,40 et 12,60 $S, selon un scénario réaliste.
Au Québec, les prévisions de production se situent à 3,07 tonnes l’hectare, une augmentation par rapport à l’an dernier. Les prix devraient être en hausse avec une marge de prix réaliste entre 530 et 610$ la tonne.
Malgré de bonnes conditions dans le marché en général (faible production), le blé demeure la céréale mal aimée, avec comme conséquence un signal au neutre pour les prix. L’expert anticipe une fourchette de prix réaliste entre 5,60 et 7,20$ à Chicago, tandis que les prix au Québec devraient se situer entre 275 et 315$ la tonne.
Guerre et prévisions météo
Pour compléter le portrait, l’analyste s’est attardé au contexte géopolitique et aux prévisions météo de la prochaine saison. Bien que les prix de l’énergie aient explosés, il n’y a pas d’impact prévu pour les grains. La situation amène toutefois beaucoup de volatilité qui devrait affecter davantage le maïs et le soya.
Quant à la météo, le phénomène El Niño sera de retour cette année. Ce dernier est associé la plupart du temps à de bons rendements aux États-Unis. Les données pour le Québec ne sont pas suffisantes pour tirer de conclusion.
Les prévisions actuelles font état de belles conditions pour les semis aux États-Unis, mises à part pour le blé d’automne. Ce sera nettement plus difficile au Québec. Le scénario d’un printemps froid et pluvieux se répétera cette année. Pour cet été, les précipitations se situent dans les normales, mais avec de la chaleur, la tendance des dernières années de températures à la hausse étant toujours présente pour 2026.
En conclusion, Jean-Philippe Boucher s’attend à des prix au neutre, tout en n’excluant pas des hausses intéressantes, ce qui lui faire dire que « tout rally mérite d’être vendu ».
Pour lire le blogue de Jean-Philippe Boucher sur le marché des grains, cliquez ici.