Savoir gérer les bonnes années

Quand on traverse de belles années en agriculture, il est tentant d’acheter des terres et de la machinerie. Est-ce toujours la meilleure idée? En grandes cultures, tout va pour le mieux en 2012, mais est-ce que cela va durer?

« Pour affronter les mauvaises années, il faut savoir gérer les bonnes », a lancé l’agroéconomiste Patrice Carle, la semaine dernière au Rendez-vous végétal, à Drummondville.

Patricle Carle, directeur général du CEGA

Directeur général du Centre d’expertise en gestion agricole (CEGA), Patrice Carle invite les producteurs à profiter des bonnes conditions actuelles pour solidifier leurs entreprises, notamment en gérant mieux leur endettement.

Une ferme avec un taux d’endettement plus bas sera en meilleure position pour affronter des années où les prix des grains seront plus faibles et les taux d’intérêt plus élevés, fait-il valoir.

Si vous considérez acheter une terre, sachez d’abord reconnaître votre statut d’acheteur, suggère Patrice Carle. Êtes-vous avant tout un producteur, qui souhaite vivre des produits de sa ferme? Êtes-vous plutôt un investisseur, qui souhaite faire un placement, ou encore un spéculateur, prêt à payer n’importe quel prix?

« Vos décisions prises lors des bonnes années conditionneront la survie de votre entreprise lors des années plus difficiles », prévient Patrice Carle.

Vous croyez que les bonnes années sont là pour rester? Voici quelques scénarios pas du tout farfelus, qui illustrent le passé, le présent et ce qui pourrait se produire au cours des prochaines années. On suppose un rendement de maïs de 10 t/ha, un taux de charge fixe à 70 %, des retraits fixes à 185 $ l’hectare, des salaires à 80 $/ha et un endettement initial de 2150 $ par hectare.

  • En 2004, avec le maïs à 130 $/t et l’ASRA qui couvre à 189 $/t, la marge par hectare est de -29 $.
  • En 2010, avec le maïs à 250 $/t et un taux d’intérêt à 3 %, la marge par hectare est de 226 $.
  • En 2011, avec le maïs à 280 $/t et un taux d’intérêt à 3 %, la marge s’établit à 258 $/ha.
  • En 2014, le maïs est rendu à 230 $/t et les intérêts à 5 %. La marge chute à 78 $/ha.
  • En 2016, le maïs est rendu à 175 $/t et les intérêts à 5 %. La marge est à nouveau négative, à -67 $/ha.

La morale de cette simulation, selon Patrice Carle : « Les bons prix peuvent s’envoler… mais les paiements vont rester! »

Profiter des années de prospérité pour investir dans l’achat de terres ou de machinerie peut s’avérer une bonne décision. Le directeur général du CEGA suggère d’en profiter aussi pour mieux connaître les chiffres de son entreprise et mieux contrôler sa marge bénéficiaire, en agissant sur les revenus et les dépenses. «L’avenir est à ceux qui auront le contrôle sur leurs dettes.»

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