Biocarburants : « Nous allons droit vers une impasse ! »

Longueuil (Québec), 8 novembre 2007 – Voici le cri du coeur que lance M. Christian Overbeek, président de la Fédération des producteurs de cultures commerciales du Québec (FPCCQ), dans le débat actuel autour du phénomène des biocarburants. Les producteurs de grains du Québec sentent en effet unepression qui devient insupportable depuis quelques mois, alors qu’ils prennentacte d’une série d’exigences de la société qui, en plus d’être difficilementconciliables, risquent de les mener droit vers une impasse.

M. Overbeek, comme tous les producteurs de grain québécois, se préoccupeque « l’on nous dit d’une part que l’on ne veut plus de la filière desbiocarburants produits à partir des grains et, d’autre part, qu’il nous fautobtenir une plus grande partie de nos revenus du marché pour moins recourir ausoutien de l’Etat. Il nous faudrait donc renoncer à des opportunités quiatténueraient certains risques de marché et, à la fois, aux programmesgouvernementaux qui oeuvrent aussi à la gestion des risques agricoles. Quellesolution reste-t-il donc? »

La FPCCQ appréhende qu’une panique médiatique mène actuellement lescitoyens à croire que le prix des grains aurait explosé à des niveauxinacceptables et qu’il aurait entraîné une inflation galopante. « Commentpeut-on soutenir un tel point de vue alors que les producteurs de grainsvendent actuellement leurs produits à des prix équivalant à 75 % du coût deproduction, ajoute M. Overbeek ? Soyons réalistes et honnêtes, le prix desgrains est encore trop bas et il en est de même pour une foule de produitsagricoles ! » En ce qui concerne le risque appréhendé, et exagéré, d’unepénurie éventuelle d’aliments, la FPCCQ est d’avis que si la populationmondiale donne réellement préséance à l’alimentation plutôt qu’à l’utilisationinutile de l’énergie, alors elle n’aura pas à s’inquiéter de manquer dedenrées alimentaires.

Dans le débat autour des risques d’inflation des prix des alimentsinduits pas la hausse du prix des grains, on omet trop souvent de souligner lapart du prix de détail revenant réellement au producteur. Par exemple, s’ilest vrai que le prix payé au producteur de blé a augmenté de 50 % en deux ans,cela n’aura eu un impact que de 0,05 $ à 0,07 $ sur le prix de détail d’unpain à l’épicerie. « Ne vaut-il pas la peine de payer quelques sous de pluspour un pain et enlever ainsi une pression énorme sur nos programmesd’assurance stabilisation des revenus agricoles qui sont menacés par lessubventions internationales », questionne M. Overbeek ? Par ailleurs, à l’égardde l’impact pour les pays en voie de développement, l’Organisation pourl’agriculture et l’alimentation des Nations Unies (FAO) nous apporte unéclairage des plus intéressants. Dans un rapport sur les marchés mondiaux desproduits alimentaires publié en 2004, la FAO souligne que les bas prix desdenrées alimentaires affectent en tout premier lieu les populations ruralesdes pays en voie de développement qui sont tributaires de l’agriculture.(1)

Pour la FPCCQ, nous faisons maintenant face au portrait général suivant.Les producteurs ont de plus en plus le sentiment qu’ils seront dorénavantcontraints de commercialiser leurs grains dans des sections de marché biencirconscrites, en renonçant à plusieurs des technologies accessibles à leurscompétiteurs, mais dans une conjoncture de prix mondial affaissé par lesgrasses subventions octroyées à leurs concurrents américains et européens.Autrement dit, on semble vouloir apporter une solution locale à uneproblématique mondiale. « Dans ce contexte, le producteur de grain du Québec netiendra pas longtemps et nos concitoyens doivent savoir qu’il faudra plutôtenvisager d’importer les grains nécessaires à la chaîne agroalimentairequébécoise, souligne M. Overbeek. On trouvera peut-être alors que cesimportations massives coûtent cependant bien cher à notre souverainetéalimentaire et à la sauvegarde de notre patrimoine agricole, comme en matièrede production de gaz à effet de serre. »

Ce portrait d’ensemble reflète d’ailleurs les choix s’imposant à lasociété québécoise que la FPCCQ a récemment exposé à la Commission surl’avenir de l’agriculture et l’agroalimentaire du Québec (CAAAQ). M. Overbeekconclut d’ailleurs en rappelant que « le mémoire que la FPCCQ a déposé à laCAAAQ lançait ce même appel à l’aide à nos concitoyens pour jeter les premiersjalons d’un nouveau modèle agricole. Ce nouveau modèle doit se bâtir à partirde certains des constats énumérés précédemment et reconnaître que tous nepourront pas maximiser leurs bénéfices économiques, sociaux etenvironnementaux. »

La FPCCQ regroupe onze syndicats affiliés répartis dans toutes lesrégions du Québec. Elle compte près de 11 000 membres qui cultivent,principalement pour la commercialisation, plus de 900 000 hectares decultures. Ces cultures comptent essentiellement l’avoine, le blé, le canola,le mais, l’orge et le soya. La FPCCQ est une fédération affiliée à l’Union desproducteurs agricoles.

(1) La situation des marchés des produits agricoles. FAO. 2004. 56 pages.

Site(s) extérieur(s) cité(s) dans cet article :

Commission sur l’avenir de l’agriculture et de l’agroalimentaire québécois (CAAAQ)
http://www.caaaq.gouv.qc.ca/

Fédération des producteurs de cultures commerciales du Québec
http://www.fpccq.qc.ca/

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